Les histoires que l'histoire nous raconte: La littérature afro-créole louisianaise du XIXe Siècle

    

Ce projet de recherche a été financé par une subvention décernée par The Louisiana Independent College Foundation, soutenu par: United Parcel Services Foundation; The Foundation for Independent Higher Education; Bank One, Louisiana; Louisiana Public Facilities Authority; Howard Computers.

    

Introduction

par Jennifer Gipson

   
            Une centaine d’années avant le Harlem Renaissance, une tradition littéraire bien riche fleurissait en Louisiane.  Dans la société néo-orléanaise d’avant-guerre, un groupe de francophones noires diverses et instruits, forma sa propre identité culturelle.  Leur production littéraire importante continua même après la Guerre Civile.  Les œuvres du dix-neuvième siècle de langue française écrites par des noirs libres, bien que peu connues aujourd’hui, représentent un aspect fascinant de l’histoire louisianaise ainsi que de l’héritage littéraire américain.  Leurs œuvres font preuve des difficultés qu’enduraient leurs auteurs dans une société esclavagiste qui asservissait leurs frères et sœurs (quelque fois au sens littérale) et leur forçait d’ajouter les initiales « H.C.L. » à leur signature afin  d’indiquer leur  « infériorité » sociale en tant qu’ « Homme de Couleur Libre. »

Ces hommes remarquables combattirent avec courage lors de la Bataille de la Nouvelle Orléans, publièrent leurs propres journaux et une revue littéraire,  éduquèrent les enfants noirs, et même profitèrent de succès littéraire en Europe.  Leurs accomplissements et leurs écrits étaient aussi variés que leurs vies et leurs histoires.  Plusieurs Afro-Créoles libres défendaient la cause abolitionniste, bien que d’autres parmi eux possédaient des esclaves pour des raisons et durations différents.  Souvent, des noirs francophones issus de familles aisées partaient en France poursuivre leurs études.  Plusieurs d’entre eux ont pris la décision d’y rester afin de jouir de libertés augmentées.  Par exemple, Victor Séjour finit sa vie en Europe, où il sortit de nombreuses pièces et devint l’attaché personnel de Napoléon III, Selon Edward Tinker.  

Cependant, même à la Nouvelle-Orléans certains enfants afro-américains bénéficiaient d’une très bonne formation scolaire grâce à la prévoyance de Mme Bernard Couvent.  Cette philanthrope, sensée être née en Afrique et vendue comme esclave en Louisiane, légua des biens destinés à l’établissement d’une école pour orphelins noirs. A L’Institution Couvent, les orphelins et d’autres enfants bénéficiaient de l’instruction et de l’amitié de professeurs tels qu’Armand Lanusse et « Monsieur Joanni », le surnom de Joanni Questy, écrivain et linguiste doué.  Fait intéressant : les créoles noirs libres de la Louisiane, dont quatre-vingt pourcent pouvaient lire et écrire, se vantaient d’un taux d’alphabétisation qui dépassait celui des blancs, comme a noté James Cowan dans La Marseillaise Noire. 

La littérature afro-créole du dix-neuvième siècle ne se limita pas aux questions de race ou d’engagement politique.  Poèmes d’amour, prières, échos du romanticisme français, et d’autres éléments y figuraient aussi.  A cause d’une loi de 1830 qui   prescrit des punitions sévères pour tout personne  provoquant rébellion ou tensions raciales parmi les afro-américains, les œuvres d’avant-guerre ne mentionaient pas souvent les mouvements anti-esclavagistes, selon Cowan.  La riche tradition orale des noirs—esclaves et libres—comprenait aussi d’innombrables contes créoles.  En 1845, dix-sept afro-créoles libres publièrent un recueil de plus de quatre-vingt poèmes, Les Cenelles, Choix de Poésies Indigènes, considérés comme la première anthologie de poésie afro-américaine publiée aux Etats Unis.  

Durant l’occupation fédérale de la  Nouvelle Orléans, les afro-créoles de langue française établirent  L’Union, un  journal qui, dès son premier numéro du 27  septembre 1862, n’hésita pas à faire sonner ses intentions politiques.  Après la fermeture de L’Union, La Tribune de la Nouvelle-Orléans, journal politique, progressiste, et commercial, atteignit un plus grand public en publiant des sélections en anglais.  Le journal continua à soutenir les intérêts de la communauté noire libre et publiait leurs poèmes et feuilletons à côté des plus grands écrivains de France. La Tribune de la Nouvelle-Orléans pouvait se vanter d’avoir été le premier journal quotidien noir publié aux Etats-Unis, distinction remarquable.  

Même après la Guerre Civile, les Afro-Américains francophones louisianais continuèrent leurs activités littéraires et sociales.  Plusieurs d’entre eux—par exemple, Homer Plessy—contestèrent la ségrégation des lieux et des transports publics.  Cependant, en 1896, lorsque la cour suprême des Etats-Unis établit la doctrine infâme de « séparé mais égal » dans le procès Plessy v. Ferguson, l’assimilation linguistique n’avait laissé que très peu de lecteurs—quoi que fût leur race—capables d’apprécier l’héritage littéraire des afro-créoles francophones de Louisiane.  

Bien entendu, plusieurs études ont touché à cette tradition littéraire, notamment Les Ecrits de Langue Française en Louisiane au XIXe Siècle d’Edward Laroque Tinker.  Sans aucun doute, Nos Hommes et Notre Histoire de Rodolphe Lucien Desdunes—imprimé au Canada en 1911—représente un tribut de grande importance à l’héritage de ses ancêtres et une référence principale sur les accomplissements substantiels dans les domaines littéraire, scientifique, et artistique.  (La traduction anglaise de la Sœur Dorothea Olga McCants Our People and Our History parut en 1973 et fût réimprimé en 2001.)  Bien que les études récentes—surtout les recherches du professeur Frans C. Amelinckx sur les écrits de Michel Seligny et le recueil de poésie La Marseillaise Noire de James Cowan—commencent à mettre au jour la littérature Afro-Créole, transcriptions des ces écrits ne sont pas faciles à obtenir et les traductions sont très rares.

Aujourd’hui, presque cent-cinquante ans après l’apparition des ces œuvres, nous avons toujours beaucoup à apprendre sur ces écrits extraordinaires ; ils offrent une nouvelle perspective sur la diversité de l’héritage littéraire américain et sur le développement de la littérature francophone et afro-américaine.  Ils sont des trésors littéraires et culturels d’une valeur précieuse qui offrent des aperçus de l’oppression, les luttes, et les triomphe d’un peuple unique—un peuple dont la voix mérite finalement notre attention et notre respect.

Bibliographie Choisie

Amelinckx, Frans C., Ed. Michel Séligny: Homme Libre de Couleur de la Nouvelle-Orléans. Les Presses de L’Université Laval, 1998.

Coleman, Edward Maceo, Ed. Creole Voices: Poems in French by Free Men of Color First Published in 1845. Washington, D.C.: The Associated Publishers, Inc.: 1945.

Cowan, James., Ed. La Marseillaise Noire (et autres poèmes de la Nouvelle-Orléans). Lyon: Editions du Cosmogone, 2001.

Desdunes, Rodolphe L. Nos Hommes et Notre Histoire. Montreal : Arbour and Dupont, 1911.

____. Our People and Our History. translated and edited by Sister Dorothea Olga McCants. Baton Rouge: Louisiana State University Press: 2001.

Dormon, James H., Ed. Creoles of Color of the Gulf South. Knoxville: University of Tennesse Press, 1996.

Gehman, Mary. The Free People of Color of New Orleans. New Orleans: Magaret Medi, Inc., 1994.

Tinker, Edward Larocque. Les Ecrits de Langue Française en Louisiane au XIXe Siècle. Paris : Librairie Ancienne Honoré Champion : 1932.

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