
|
|
L’Héroïsme de Poucha-HoummaLeblanc de Villeneufve NOTES et NOTES ADDITIONNELLES
(a) MICHA-SEPE. Dont on a fait Mississippi, veut dire en langue mobilienne, le vieux qui est fort loin. (b) LE PETIT-BLE. C’est une espèce de maïs plus petit que le maïs ordinaire, et qui mûrit beaucoup plutôt. Comme on en faisait usage pour la fête, elle en portait le nom. (c) Qu’a dit ton Manitou dont la colère s’irrite. MANITOU. Fétiche, divinité tutélaire : chaque nation a son manitou particulier. Pour l’ordinaire c’est un oiseau, un castor, un écureuil &c. Celui des Hoummas était un aigle. (d) Un Calumet en main les trouva-t-on jamais, &c. CALUMET, pipe de pierre ou de terre, dont le tuyau est orné de plumes. Il n’est point de cérémonie sans calumet, ni sans la fumée du tabac. (e) Et d’un signe trompeur saisissant l’apparence, &c. Le chef d’un village est toujours chargé du culte religieux. C’est le grand prêtre, le jongleur; il tire les augures, il interprète à sa guise les signes qu’il a cru apercevoir dans son manitou empaillé. (f) O rêve trop affreux, avec juste raison. Les Sauvages sont de grands rêveurs. Il croyent aux rêves. Ils ont peut-être cela de commun avec les nations civilisées, avec cette différence que les sauvages ne rêvent qu’en dormant. (g) De nos corps affaiblis réparer l’abstinence. Le jeûne des sauvages est très-rigoureux. Il est des occasions où ils ne prennent absolument rien pendant trois jours. (h) Et qu’un léger revers reconduit auprès d’eux. L’homme est partout le même. Dans la prospérité l’Indigène néglige son Manitou. (i) Couvrir le mort, ou le sang de mort. C’est payer aux parents la vie de celui que l’on a tué; ce qu’ils n’acceptent pas toujours. (k) Non, ton oeuvre jamais ne peut s’anéantir. Je traversais une forêt d’une certaine entendue et qui n’était point habitée; je n’avais avec moi qu’un Tchactas; la chaleur était excessive, et l’eau très-rare; la soif nous dévorait. Mon jeune homme roulait une balle dans sa bouche; je compris que c’était pour la rafraîchir. J’en mis aussitôt une dans la mienne, et je m’en trouvai bien. (Je ne dis ceci que comme un avis qui peut être utile.) Le second jour de notre marche, nous parvînmes sur le soir à une source très-fréquentée. Après avoir étanché notre soif, je me mis en devoir d’allumer un feu pour faire cuire notre frugal soupé. Mon jeune homme fut à la recherche de quelques morceaux de bois. Il n’y avait pas dix minutes qu’il m’avait quitté que je le vis revenir, en courant de toutes ses forces, se dirigeant vers l’endroit où nous avions déposé notre modique bagage; il se saisit de son paquet, prit son fusil et disparut comme un éclair, sans m’avoir dit un mot. Surpris de cette échappée, je crus qu’il avait vu des ennemis, et qu’il était prudent d’imiter sa manoeuvre : en conséquence je m’élançai sur ses pas. Mon homme était très-agile, et malgré tous mes efforts, je désespérais de l’atteindre, lorsqu’il s’arrêta enfin, après une course d’un bon quart de lieue : l’ayant joint, je lui demandai, tout essoufflé et avec un peu d’humeur, ce qui l’avait engagé à courir si fort. Un soulom-bichs, mon Français, me dit-il, encore transi d’effroi. Voici le fait : Des chasseurs qui nous avaient précédés à l’endroit que nous venions de quitter si lestement, avaient perdu un homme, et suivant l’usage, ils l’avaient exposé sur un échafaud, en attendant que sa famille vint recueillir ses os. Le hasard avait conduit mon compagnon vers ce véritable échafaud, et dans l’obscurité que l’ombre de la forêt augmentait encore, il ne l’avait aperçu qu’au moment où il se trouvait presque dessous. Il me raconta qu’il avait éprouvé, dans tous ces membres, un engourdissement qui l’avait rendu immobile ; qu’il avait d’abord fermé les yeux ; mais qu’ensuite les ayant ouverts involontairement, il avait vu le soulombichs se promener sur le corps du mort, laissant échapper de tems en tems des des bluettes de feu, semblables à celles que produisaient des grains de poudre qu’on jette sur des charbons ardents, et qu’enfin s’étant rappelé qu’il était un véritable homme, il ne devait point avoir peur ; mais que cependant il devait s’éloigner au plus vite, car le soulombichs commençait à se fâcher. Il se peut très bien, qu’effectivement mon jeune homme eût vu en partie le phénomène qu’il venait me dépeindre : sans être physicien, on peut concevoir cela. Quoiqu’il en soit, d’après ce que je viens de dire, j’ai dû croire que les Tchactas au moins, ont une idée de l’immortalité de l’âme. Les soulombichs ne sont visibles qu’après que les Soleil est couché, et ne sont point à craindre pendant le jour. Le plus brave Tchactas n’oserait passer la nuit auprès de la cabane où les os des morts sont déposés. (l) L’EAU DE FEU. Les sauvages appellent l’eau-de-vie, l’eau de feu.
NOTES ADDITIONNELLES Dans une chasse d’hyver quelques Tchactas étaient couchés à la belle étoile autour d’un grand feu. Un d’eux rêva qu’il avait été pris par les ennemis, et qu’il était attaché au terrible poteau. Par un mouvement qu’il fit sans doute, le bout de son pied porta sur le brasier ; il ne le retira point, et se laissant brûler, il entonna sa chanson de mort, avec tant de force qu’il réveilla ses camarades, qui se mirent à rire. Mais ayant aperçu sa position, ils le retirèrent aussitôt. Il était trop tard ; toutes les phalanges de son pied étaient calcinées. Ils le portèrent au village où il fut abandonné aux soins d’un jongleur. Trois semaines après, j’ai vu cet homme marcher avec facilité et même sans bâton.
Un Tchactas ivre en tua un autre. Il se réfugia chez les Tchcicachas où il fut bien reçu. Il y resta quelques tems, mais ne pouvant supporter la lâcheté qu’il croyait avoir commise, en fuyant son village, il y revint, et fut se présenter sans armes, au frère de celui qu’il avait tué. "J’ai mérité la mort, lui dit-il, satisfais ta vengeance." Le frère lui fit grâce. J’ai vu ce fait.
Monsieur de Mont-Cah(?)e, Général-en-Chef de l’armée Française en Canada, voulait racheter deux prisonniers Anglais qu’un parti Iroquois venait de faire ; mais il manquait d’effets propres. Que nous donneras-tu, lui dirent les Sauvages ? –Rien pour le présent, mais telle chose quand je l’aurai. –Qui nous en répondra? –Qui?… reprit avec feu ce Général, ma chevelure. Alors il arracha sa perruque, et la jeta à leurs pieds. Les Iroquois la ramassèrent avec respect, et livrèrent les prisonniers. Je tiens ce fait de Mr. De Port-Neuf, Officier Canadien qui était présent à ce singulier marché.
J’étais avec un parti de Tchactas sur la piste d’un parti ennemi qui ne nous croyait pas si près ; nous le joignîmes ; il y eut quelques coups de fusil tirés ; mais comme notre parti était beaucoup plus fort, l’ennemi prit la fuite et se jeta dans un bois extrêmement fourré ; nous le suivîmes et trouvâmes quatre hommes qui, ayant été blessés, n’avaient pu suivre les autres : ils furent sur le champ mis à mort. Un de nos gens avait reçu une balle au-dessous des côtes et elle lui était restée dans le corps. On voulut faire un brancard pour le porter : il se fâcha. "Est-ce, dit-il, à ses camarades que vous ne me croyez pas un véritable homme ; et que mon courage s’éteint pour une égratignure ? Que ceux qui ont osé le croire se montrent et ils verront si j’ai besoin d’un brancard." On l’apaisa en rendant justice à sa bravoure. Le jongleur suça sa blessure, et pour tout appareil, boucha le trou de la balle avec un bourdonnet du duvet d’un oiseau qu’ils appellent Chaiquy : c’est une espèce de Vautour. Nous manquions de vivres il fallut songer à revenir sur ses pas ; nous forçames notre marche et fimes soixante et quinze lieues et quatre jours. En arrivant notre blessé était presque guéri.
Sous le Gouvernement Espagnol, Monsieur Asareti, Capitaine de Milice, commandant au poste des Avoyelles, rencontra dans la campagne un habitant à qui il en voulait, il le maltraita. L’habitant montait un jeune cheval qui n’était pas encore bien dompté, au bruit que fit le commandant, l’animal s’effaroucha, et emporta son maître aux travers des bois. Un Avoyelle qui avait vu cette scène parut alors. "Tu vois cet homme qui fuit, lui dit Asareti, il a voulu m’assassiner." –Je n’ai point vu cela, reprit l’Indigène. J’ai vu seulement qu’il a fait le pauvre envers toi." (Oter son chapeau.) –"Je te dis qu’il a voulu m’assassiner." –"Je ne l’ai point vu." –"Mais il faut le dire, et je te donnerai un fusil, de la poudre et des balles." –"Homme blanc, tes paroles brûlent mon coeur." –"Ne te fâche point, je te donnerai aussi une chemise et un braguet." Alors l’Indigène lui tourna le dos en lui disant avec colère : "tu ignores sans doute que je suis fils de chef et que je ne dois point mentir."
La Nation Tchactas est divisée en grande et petite partie. Pendant la guerre de 1754, la grande se trouvait gouvernée par un chef entreprenant, despote et audacieux. SOULOUCHE-HOUMMA était son nom (Soulier-Rouge.) Ce chef était bon partisan, grand orateur, et peut-être grand homme. Les Anglais trouvèrent le moyen de le séduire. Il se déclara contre nous et alluma la guerre civile. On se battit avec acharnement. Mr. de Grand-Pré, Capitaine d’Infanterie, Chevalier de St. Louis, excellent officier, né en Canada, connaissant parfaitement l’esprit et l’usage des Indigènes, commandait alors au fort de Tombec-bé, situé sur une rivière qui porte son nom, et à la distance de quinze lieues de la nation Tchacta. Il fait insinuer aux chefs de la petite partie de se défaire de Soulier-Rouge ; ils en tinrent un conseil secret et l’affaire fut décidée. On jeta les yeux pour remplir cette mission dangereuse sur un jeune guerrier nommé Tasca-Oulou (le guerrier précieux) il avait déjà fait plusieurs chevelures et l’on savait qu’il portait la bravoure jusqu’à la témérité. Il accepta la proposition avec joie ; il connaissait parfaitement le village de Cué-Tchitou (le gros tigre) où résidait le Soulier-Rouge. Il se renferma dans sa cabane ; consulta son Manitou ; jeûna ; prit sa médecine, et partit sur la fin du troisième jour, n’ayant pour toute arme qu’un couteau de bûcheron pendu à son cou. Il pressa sa marche toute la nuit et se rendit un peu avant l’aurore à une demi-lieue du village où il exécutait son entreprise. Là il pénétra dans un endroit fourré et dormit tranquillement toute la journée. Lorsque la nuit fut un peu avancée il s’achemina vers le village. Les Indigènes ont des cabanes pour l’hiver ; elles sont circulaires ; tout autour sont des espèces de lits de camps, le feu se fait au centre, la porte est un carré de deux pieds et demi et se ferme avec une natte. Quand le jeune guerrier se fut aperçu que tout était calme dans le village, il s’introduisit dans celle de Soulier-Rouge, enveloppé dans sa couverte et avec autant de sécurité que s’il eût été de la famille. Tout le monde dormait ; il attisa le feu, y jeta quelques morceaux de bois de pin gras dont les Indigènes se servent pour éclairer ; fuma sa pipe en cherchant des yeux sa victime. L’ayant bien reconnue il se leva brusquement ; saisit d’une main le Soulier-Rouge à la gorge et de l’autre lui plongea son couteau dans la poitrine ; il éteignit le feu, et gagna le chemin de son village où il arriva le lendemain sans avoir fait aucune mauvaise rencontre. Le mort du Soulier-Rouge se répandit bientôt ; on parla de paix ; elle fut conclue. Les chefs des deux partis furent la ratifier sous les auspices de Mr. de Grand-Pré, qui leur fit des présens. Il en avait fait préparer un assez considérable pour Tasca-Oulou. Quand son tour fut venu, il le prit par la main, et lui indiquant ce présent il lui dit : "Voilà ce que je te donne pour prix de ta valeur et pour prix de ta valeur et pour le service que tu m’as rendu ainsi qu’à tous les Français." –"Tu te trompes, mon père, reprit modestement le jeune guerrier, je n’ai rien fait pour toi ni pour eux ; j’ai voulu seulement rétablir la paix parmi les miens ; j’ai réussi ; je suis satisfait. Mon fusil ne vaut plus rien ; si tu veux m’en donner un avec de la poudre et des balles, je te promets que je ne les employerai que contre tes ennemis qui sont les nôtres." On ne s’attendait pas à cet acte de générosité ; toute l’assemblée fut lui prendre la main et lui rendit une espèce d’hommage. Le chef de son village le harangua ensuite ; il loua son désintéressement ; mais il lui fit observer que s’il n’acceptait pas le présent du chef Français, leur père commun, ce serait lui faire un outrage, qu’il compromettrait toute sa nation. "Eh! bien je le recevrai, lui dit-il alors, mais comme une avance sur les services que je compte lui rendre désormais."
Les Offo-Ougoula (la nation qui sème) existait depuis très-long tems sur la rive gauche du Micha-Sépé, à l’époque où la France céda cette rive à l’Angleterre. Le chef qui gouvernait alors cette nation, s’était entièrement dévoué à la France. Dans sa jeunesse, après la massacre des Français par les Natchez, il leur fit la guerre sous les ordres de Mr. de Bienville, premier gouverneur de la Louisiane ; se fit remarquer par sa bravoure, et enleva nombre de chevelures. En jour, Mr. de Bienville, qui l’aimait, le nomma Perruquier, en lui donnant quelques bagatelles. Le jeune homme surpris, demanda ce que ce nom voulait dire : "C’est parce que tu fais très-bien les cheveux, lui répondit-on. Il comprit parfaitement ; remercia le gouverneur ; lui promit de porter ce nom toute sa vie, et tint parole, sans égard à l’usage, qui veut qu’on change de nom et acquérant de nouveaux faits d’armes. PERRUQUIER, déjà bien vieux, n’avait rien perdu de l’ascendant qu’il avait pris sur sa nation ; il voyait avec peine les Anglais s’établir dans son voisinage ; il résolut de s’éloigner : en conséquence, il assembla tous les chefs de la nation et leur proposa de passer sur la rive droite où était leur père véritable. Le lendemain tous les villages furent en feu, et le fleuve se couvrit de pirogues, où les Indigènes fesaient retentir l’air d’acclamation de joie, à la vue d’un commissaire Anglais qui en croyait à peine des yeux. Retour à la page d’accueil de Poucha-Houmma Retour
à la bibliothèque Tintamarre
|