Chapitre 10 - Chapitre 11 - Chapitre 12

CHAPITRE X

     Tout se passa exactement comme l'avait décidé le docteur Verdier.  Le 18 octobre, à sept heures du matin, le juge D…… épousa sa cousine à l'autel de la Vierge de la Cathédrale; aussitôt la cérémonie terminée, le jeune couple s'embarqua à bord du Havre de Grâce et, à dix heures, quittait la Nouvelle-Orléans pour aller visiter la vieille Europe.
    La veille de ce jour mémorable, ceux qui se promenaient sur la route qui conduit au lac Pontchartrain y rencontrèrent la belle Octavia, brillante de beauté et de toilette et assise dans un nouvel équipage à côté d'un jeune colonel de l'armée des Etats-Unis que l'on disait fort riche.
    —Eh bien! tant mieux! S'écria le docteur lorsque cette promenade lui fut racontée; cela prouve la philosophie de la belle Octavia.
    Lorsque le juge D…… et sa femme avaient quitté la Nouvelle-Orléans, il avait été décidé qu'ils demeureraient six mois en Europe.  Au lieu de cela, ils y restèrent deux ans et, lorsqu'ils revinrent à la Louisiane, ils ramenaient avec eux un petit compagnon, un adorable chérubin qui était né en Italie, à Florence, la ville aux souvenirs et aux monuments historiques.  C'était la naissance de cet enfant qui avait retardé le retour du jeune couple.  D'abord c'était Angèle qui ne pouvait voyager, ensuite, c'était le petit Léonce qui était trop jeune,  trop faible pour permettre à ses parents de se mettre en route.  Enfin, lorsque nos jeunes époux vinrent prendre possession de la demeure élégante que le docteur leur avait préparée, à un demi-îlet de la sienne, l'enfant qu'Angèle ramenait avait déjà une année.
    Il est inutile de nous appesantir sur la joie de M. et de Mme Verdier et sur le bonheur de leurs enfants en se retrouvant au milieu de leurs amis.  Disons seulement qu'à peine arrivé, le juge D….  ouvrit de nouveau son office et reprit ses occupations comme par le passé.  Ajoutons qu'Angèle n'a jamais rien su des menaces d'Octavia et qu'elle se trouve suprêmement heureuse dans son calme intérieur, si près de ses parents et à côté de son mari et de son enfant.  Ce bonheur suffisait à la jeune femme, qu'on ne voyait jamais dans une salle de bal, jamais au théâtre, et qui, malgré son immense fortune, était toujours habillée avec la plus grande simplicité.
    Octavia avait repris sa vie de folie:  on ne parlait que de ses extravagances, des amants dont, disait la chronique scandaleuse, elle changeait tous les mois.  Il était à croire qu'elle avait oublié ses menaces de vengeance.  Et pourtant . . . lorsque le juge D…… et sa femme s'endormaient calmes et tranquilles, ils ne voyaient point le serpent caché dans les fleurs au milieu desquelles coulaient leurs jours dorés. . .  Ils ne savaient pas qu'à cette heure Octavia la quarteronne avait bien calculé, bien préparé sa vengeance et n'attendait plus maintenant que le moment favorable où elle pourrait en commencer l'exécution.  Elle l'avait dit:  ses projets de vengeance l'occupaient jour et nuit, elle y pensait continuellement et passait sa vie à préparer cette vengeance qu'elle avait jurée de rendre terrible.
    Depuis environ six mois, on s'occupait beaucoup du nouvel amant de la belle quarteronne:  c'était un Havanais, dix fois millionnaire et qui, disait-on, n'était venu à la Nouvelle-Orléans que pour faire la connaissance des incomparables quarteronnes dont la réputation de beauté était parvenue jusqu'à lui, dans son île éloignée.  Quinze jours après son arrivée, il était l'amant d'Octavia, et partout:  dans les salons des femmes blanches, dans les différents clubs, chez les quarteronnes, un bruit courait qui étonnait et faisait sourire bien des personnes:  Octavia allait être mère!
    —Hourrah! pour don Miguel Castellos! s'écria le docteur Verdier en prêtant l'oreille à cette nouvelle étonnante.
    Au moment où le public et les journaux s'occupaient le plus de la belle quarteronne, Angèle donna une fille à son mari.  Pour cette jeune femme qui ne cherchait le bonheur que dans la vie de famille, la naissance de cette enfant fut un nouveau bonheur.
     Le docteur Verdier eut l’occasion de causer avec le médecin qui avait délivré Octavia:  il apprit de lui toutes les circonstances de l'accouchement, qui avait été fort dangereux.  Comme Angèle, c'était une fille qu'elle avait eue.
    Les meubles, les voitures, les chevaux, les esclaves de la jeune quarteronne avaient été mis à l'encan, sa maison était louée et son départ annoncé pour le dix de mai.
    Ce dix de mai, deux navires devaient quitter la Nouvelle-Orléans pour l'île de Cube.  Le premier, l'Antonia, devait partir à dix heures du matin; le second, El Signor Sponti, à midi.  Sur ce dernier, bon nombre d'émigrants, Allemands et Irlandais, nouvellement arrivés à la Nouvelle-Orléans, avaient retenu leur passage.
    Lorsque le docteur Verdier apprit le départ d'Octavia, il se frotta les mains en s'écriant:
    —Enfin, nous en serons débarrassés!
    Le dix de mai, vers neuf heures du matin, le docteur prit sa canne et se dirigea vers la Levée:  il tenait à voir embarquer sa belle ennemie.  Il n'attendit pas longtemps:  à neuf heures et demie, il vit arriver le splendide équipage de don Miguel Castellos.  Il reconnut le Cubain, qu'il avait souvent rencontré à son club. . . et, à son bras, resplendissante de beauté et de diamants, il vit Octavia.  Ils avaient laissé leur voiture et se dirigeaient à pied vers le navire qui déjà avait commencé ses préparatifs de départ.
    Octavia passa si près du docteur Verdier que sa robe l'effleura en passant. . . leurs regards se croisèrent et, comme le vieillard le raconta plus tard à son gendre, il se vit forcé d'abaisser les yeux devant ce grand œil noir rempli de haine et de menaces.
    —J'en ai eu la chair de poule, dit-il, mais à quoi bon de se tourmenter puisqu'elle est partie.
    A quelques pas plus loin, Octavia s'arrêta pour attendre une femme blanche (le bonheur des quarteronnes était de se faire servir par des blancs) qui portait dans ses bras un enfant endormi.  Et dans cet amas de dentelles, de cachemire et de soie, M. Verdier devina la fille de la quarteronne.  Involontairement, il avança la tête pour regarder ce petit visage rose et blanc sur lequel la jeune mère était penchée.
    Et pendant que tout ceci se passait ouvertement, en plein jour et aux yeux de tous, un drame aussi sombre que mystérieux avait lieu dans la demeure du juge D…….
    Depuis quelque temps, Mme Verdier était très souffrante et donnait de graves inquiétudes à sa famille.  Angèle allait tous les jours rendre visite à sa mère qui, comme je l'ai dit, demeurait à quelques pas seulement de la maison de sa fille.  Le dix de mai, le temps était un peu couvert et la jeune mère, qui voyait partout des dangers pour ses enfants, prit Léonce avec elle et recommanda à Catherine, la gardienne de sa fille, de rester dans sa chambre, à côté du berceau, et de ne quitter la petite Félicie sous aucun prétexte.
    —Si elle se réveille, ajouta-t-elle, si elle pleure, faites-moi prévenir immédiatement.
    Arrivée à la porte, Angèle revint sur ses pas:  on eut dit qu'une voix secrète la rappelait, qu'une main invisible la ramenait près de ce berceau où dormait son enfant. . . son enfant qu'elle ne devait jamais revoir!  Pauvre mère! elle se pencha sur sa fille et couvrit de baisers son visage et ses yeux fermés.  En ce cruel moment, ne se trouvait-il donc pas un ange qui pût la prévenir du danger qui planait sur son enfant?
    Un quart d'heure à peine s'était écoulé depuis que Mme D…… avait quitté la maison lorsqu'une jeune domestique nommée Noisette, qu'Angèle aimait beaucoup, entra dans la chambre de sa maîtresse et avertit man Catherine qu'il y avait en bas "in moune qui té oulé ouar li in tit moment."
    La vieille mulâtresse regarda l'enfant qui dormait paisiblement et, se levant, ordonna à Noisette, qui était sa nièce, de prendre sa place à côté du berceau pour qu'elle pût descendre et voir moune-là ça li té oulé.
I n'a pas moyen, tante, répondit la petite servante, i faut mo couri porté madame so châle qué li blié.
    Supposant que Noisette avait reçu d'Angèle l'ordre de lui porter son châle, Catherine se leva, ferma à double tour la porte de la chambre et descendit après avoir mis la clef dans sa poche.
    Elle ne vit personne à la porte de la rue.  Il lui prit du temps pour regarder à droite et à gauche, pour rappeler Noisette qui était déjà en route, le châle sur le bras, et lui reprocher de l'avoir fait descendre pour rien, pour écouter la réponse de Noisette, qui jurait avoir laissé un gros homme à la porte quelques instants auparavant et que ce gros homme demandait à voir man Catherine.
    —Eh ben! où gros n'homme là?
 —Eh ben! mo pas connin.
    Et là-dessus la tante et la nièce se séparèrent, la dernière pour se rendre chez Mme Verdier, la première pour remonter à la chambre qu'elle avait quittée, il y avait à peine cinq minutes.
    Au moment où man Catherine allait reprendre sa place sur sa chaise basse, elle s'aperçut que le berceau était vide.  Elle ne s'effraya pas d'abord et crut que l'enfant, s'étant réveillée, avait été enlevée du berceau par une des domestiques de la maison qui était éntrée par une des portes de derrière.
    Mais, tout changea de face en un instant:  aucune des domestiques n'était entrée dans la chambre, aucune n'avait vu "ti mamzelle Cicie."  Man Catherine fut donc obligée de se rendre à l'évidence; elle remplit la maison de ses cris et, à demi folle, se précipita dans la rue, se dirigeant en courant vers la demeure du docteur Verdier.
    Ce dernier venait de rentrer et ce fut lui qui alla prévenir sa fille du malheur qui venait de la frapper.  Un courrier fut envoyé en toute hâte au juge D…….; les recherches les plus strictes furent faites dans la maison, les domestiques questionnés avec soin; mais aucun résultat favorable ne fut obtenu.  La seule circonstance suspecte était l'homme que Noisette disait avoir vu:  il était facile de deviner que cet homme avait voulu éloigner man Catherine de l'enfant afin de donner la chance à une personne inconnue de s'emparer de cette enfant.
    Toute la police de la Nouvelle-Orléans fut mise sur pied; des détectifs furent envoyés à la Havane (car, du fond du cœur, le juge soupçonnait Octavia).  Mais, pas plus que les autres, ils ne découvrirent les traces de la petite fille.  Ils s'étaient introduits dans le palais qu'Octavia habitait à la Havane avec don Miguel Castellos. . . ils avaient vu son enfant. . .mais le docteur Verdier aussi avait vu cette enfant et il savait bien que ce n'était pas sa petite-fille.
    Mais où donc était la petite Félicie?  Octavia avait dit au juge D….. qu'elle consacrerait à sa vengeance les dix mille piastres qu'il lui avait données:  elle tint parole.  Son plan était formé:  seulement si Angèle avait eu un second fils il lui aurait fallu changer quelques-unes de ses batteries.  Mais les mêmes démons qui devaient amener le docteur Verdier sur son passage devaient la protéger jusqu'au bout.  Angèle eut une fille et Octavia continua dans l'ombre à tendre les filets qu'elle préparait depuis tant de mois.


CHAPITRE XI

 Nous savons déjà qu'elle avait fait courir le bruit d'une grossesse qui n'existait pas et qui n'aurait eu aucune suite si un second fils était né aux jeunes époux.  Après la naissance de la petite Félicie, Octavia chargea don Miguel d'aller aux informations et de venir lui dire lequel des médecins de la Nouvelle-Orléans était le plus gêné dans ses affaires.  La chose ne fut pas difficile.  A la maison de jeu où il allait tous les soirs, le Cubain rencontrait souvent un docteur Thompson, qui passait pour une des étoiles de la Faculté, mais qui avait en même temps la réputation d'un joueur de premier ordre.
    Don Miguel était l'esclave d'Octavia:  sans comprendre ce qu'elle voulait, sans l'interroger, il se fit l'ombre du docteur Thompson.  Il lui prêta de l'argent, joua avec lui, joua contre lui, le laissa gagner d'assez fortes sommes qu'il lui regagna bien vite, si bien qu'en quelques semaines le Cubain était le créancier du docteur pour plus de dix mille piastres.  C'était assez!
    Toujours d'après l'ordre de sa maîtresse, Don Miguel se fit donner un billet pour ce montant de dix mille piastres, et ce billet, payable à vue, livrait le docteur pieds et poings liés au pouvoir de son créancier, ou plutôt à celui de la belle Octavia, à qui son amant avait donné ce papier sur lequel elle avait placé tant d'espérances.
    Elle envoya chercher le docteur Thompson et le reçut dans ce même petit boudoir rouge où elle avait eu sa dernière entrevue avec le juge D…….
    Sans entrer dans aucune explication, sans lui dire pourquoi elle exigeait son aide, Octavia lui fit comprendre ce qu'elle désirait.
    —On me croit enceinte, dit-elle; cette grossesse imaginaire est nécessaire à certains plans que j'ai formés.  D'après mes calculs, mon accouchement doit avoir lieu le vingt de mars.  Vous serez avec moi, docteur, pendant cet accouchement simulé et vous ferez croire au public qu'il a été fort dangereux.
    Il la regardait d'un air stupéfait, cherchant en vain à la comprendre.  Elle continua aussi calme que s'il se fût agi de la chose la plus simple du monde:
    —Mais ce n'est pas tout d'accoucher, il me faut un enfant, une fille, et c'est à vous de me trouver cela.  Lorsque vous m'aurez fait serment que, quoi que vous entendiez, quoi que vous soupçonniez, vous resterez muet, et que, lorsque je serai dans mon lit, avec ma fille à mes côtés, vous viendrez me rendre la visite habituelle en ce cas, pour paiement de vos services, voici ce que je vous donnerai.
    Et elle lui montra le billet de dix mille piastres qu'il avait souscrit à don Miguel Castellos.
    —Consentez-vous au marché, docteur? Lui demanda-t-elle.
    Oh! pouvoir de l'argent! cet homme honnête jusque-là, cet homme d'une réputation irréprochable consentit à toutes les conditions que lui imposait cette fille perdue, cette ignoble courtisane.
    Il savait qu'il y avait à l'hôpital plusieurs pauvres femmes qui attendaient le moment de leur délivrance et il ne les perdit point de vue.  Le dix-huit mars, une Irlandaise du nom de Brigitte Mahaulen donnait le jour à une fille et, pour deux cents piastres que lui compta le docteur Thompson, elle consentit à lui prêter son enfant jusqu'au quinze de mai (c'était le moment qu'Octavia avait fixé pour les échanges), à la condition, bien expliquée, qu'aucun mal ne serait fait à la pauvre petite.
    Lorsque Brigitte fut rétablie, Octavia alla lui rendre visite dans le bouge qu'elle occupait avec son mari et ses sept enfants.  La jeune quarteronne devina vite que l'Irlandaise était intelligente et se laisserait facilement influencer par ses offres d'argent.  Elle n'hésita pas à lui faire quelques demi-confidences, ce qui la rendit la complice de ses projets.
    Elle lui promit cinq cents piastres, à elle et à son mari, s'ils consentaient à aller s'établir à l'île de Cube, sur l'une des nombreuses habitations de don Miguel.  On pense bien qu'ils acceptèrent.  Patrick Mahaulen alla lui-même, d'après les instructions d'Octavia, retenir leur passage à bord du El SignorSponti et à dix heures, le dix de mai, il conduisait ses enfants à bord de ce navire.
    Pendant ce temps, Noisette, l'esclave favorite d'Angèle, pour cinquante piastres qu'elle avait reçues d'Octavia, enlevait la petite Félicie de son berceau, et, après l'avoir enveloppée en forme de paquet, descendait lestement l'escalier de service et livrait l'enfant de ses maîtres à Brigitte qui attendait dans l'une des rues de derrière.
    Quelques instants plus tard, l'Irlandaise, l'enfant dans ses bras, montait à bord du navire et venait rejoindre sa famille.  Tout cela était trop naturel pour attirer l'attention de la police.
    L'échange des deux enfants se fit en arrivant à la Havane.  Brigitte emporta sa grosse Kate sur une habitation lointaine, tandis qu'Octavia emmenait la petite Félicie dans son palais.  Le premier soin de la quarteronne fut de faire baptiser l'enfant qui, bien certainement, l'était déjà.  Elle lui donna le doux nom de Mary et elle fut inscrite sur les registres de l'église comme fille illégitime de don Miguel Castellos et d'Octavia Manzino.
    Je l'ai dit:  tout ce qui pouvait humainement être fait pour découvrir les traces de leur enfant fut essayé par les parents désolés.  Des détectifs furent envoyés partout où il y avait espoir de la retrouver.  Le juge D……. couvrait les journaux d'affiches offrant des récompenses fabuleuses à celui qui lui ramènerait sa fille, le docteur Verdier doublait ces récompenses. . . . tout inutilement!  Cet état de choses dura deux ans.  Pendant ces deux années, les efforts des malheureux parents ne se ralentirent pas d'une minute.  La police continua d'arrêter une foule de gens soupçonnés seulement et, pendant ce temps, la vraie coupable riait en lisant tous ces efforts inutiles et en regardant l'enfant qui grandissait à ses côtés.
    Pendant ces deux années, Mme Verdier, malade déjà, n'avait pu supporter la perte de sa petite-fille:  elle s'était éteinte un matin dans les bras de sa fille.  Ce fut un coup terrible pour Angèle, qui adorait sa mère.  Ces deux coups successifs étaient trop pour cette nature faible et délicate.  Dès ce moment, sa santé s'altéra et, en peu de temps, elle devint une pauvre invalide, quittant rarement son lit, jamais sa chambre.
    Léonce devint la seule consolation de sa mère qui, n'ayant plus que lui à aimer, l'aima trop et n'eut bientôt plus aucun contrôle sur lui.  Le docteur Verdier, de son côté, gâtait l'enfant de sa fille et s'était positivement fait son esclave.  Le juge était le seul qui eût quelque empire sur cette nature rebelle, mais, craignant d'affliger sa femme, il fermait les yeux sur les défauts de son fils et caressait lui aussi lorsqu'il eut fallu punir.  Angèle repoussa de toutes ses forces l'idée d'envoyer Léonce au collège.  Il recevait donc son éducation dans une institution de la ville où il était reçu comme externe et, certes, ce n'était pas tous les jours que notre petit garçon allait à l'école.  Malgré tout, Léonce aimait sa mère et il est à espérer que son influence l'eût forcé à marcher dans le sentier de la vertu et de l'honneur; mais, hélas! l'enfant venait d'atteindre sa neuvième année lorsque son ange gardien s'envola.  Brisée par le chagrin et la maladie, Angèle mourut après bien des mois de cruelles souffrances, laissant Léonce abandonné aux soins de deux hommes qui, malheureusement, n'avaient aucun contrôle sur lui.  Si le docteur Verdier était trop faible, trop indulgent pour son petit-fils, le juge, endurci par les différentes douleurs qui l'avaient frappé coup sur coup, était devenu froid, taciturne, indifférent, même lorsqu'il s'agissait de son enfant.
    Le docteur ne refusait rien à Léonce; à dix ans, l'enfant portait montre au côté, avait des billets de dix piastres à sa disposition quand les autres enfants n'avaient que des picaillons à dépenser.  Il s'habillait en dandy et fumait des cigarettes au lieu de croquer un bâton de candi.  Il s'emportait pour un rien et ses fureurs faisaient rire son grand-père.  Lorsqu'il voulait quelque chose et qu'on le lui refusait, il s'en emparait, et cela encore amusait le docteur.
    Et pendant ce temps où était Octavia? et qu'avait-elle fait de l'enfant qu'elle avait volée, il y a déjà dix ans?  Au bout de deux années passées à l'île de Cube, notre quarteronne se fatigua de la vie qu'elle y menait et partit pour l'Europe, accompagnée de don Miguel et amenant avec elle la petite Mary qu'elle présentait partout comme sa fille, et qu'elle traitait en fille, il faut bien l'avouer.  Elle demeura dix années à Paris, étonnant les Parisiens par son luxe princier, par l'éclat de ses fêtes et surtout par sa beauté qui, à trente-six ans, brillait encore de tout son éclat fantastique.
    Elle avait placé Mary dans un des meilleurs pensionnats de la capitale.  Elle lui donna des maîtres de toutes sortes, principalement de musique et de danse.  A dix ans, l'enfant avait déjà tous les vices des quarteronnes, quoiqu'elle n'en fût point une.  Avec un malin plaisir, Octavia s'était plue à éteindre toutes les lueurs de modestie, de franchise et d'honnêteté qui de temps à autre apparaissaient dans cette âme enfantine.  Mary aimait la toilette à la folie et rien ne lui était refusé ni par Octavia ni par don Miguel, qui adorait la petite fille.  Elle portait des étoffes de soie, des diamants à l'âge où les fillettes jouent à la poupée.  Elle suivait sa mère à l'opéra, à tous les bals, aux parties données par les femmes du demi-monde.  Elle essayait ses petites coquetteries sur les jeunes garçons et ne les épargnait pas aux plus âgés, lorsqu'elle en avait l'occasion.  Aux réunions données par sa mère, elle aimait à danser les danses les plus indécentes de l'époque et Octavia l'approuvait et riait de la voir faire.  Ajoutons aux défauts de la petite fille une grande beauté, ce qui rendait ces défauts plus dangereux encore.  On pouvait facilement deviner, de la manière dont Octavia élevait sa fille, qu'elle suivait exactement le plan de conduite qu'elle s'était tracé.  C'était un plaisir pour elle d'exciter les passions de ce petit être.  Elle avait juré d'en faire une courtisane et elle n'épargnait rien pour en venir à ses fins.  Elle la rendait témoin des petits soupers qu'elle donnait dans son magnifique hôtel, où des femmes demi nues étalaient la luxure de leurs gestes et de leurs paroles.  Elle la menait dans des fêtes dont la licence et l'indécence épouvantaient don Miguel, qui cherchait quelquefois à éloigner l'enfant de ces scènes scandaleuses.  Mais il n'osait s'opposer à ce que voulait sa maîtresse et, de plus, Mary trouvait un grand charme à ces plaisirs dont il voulait la priver.
    Enfin, après un séjour de onze années à Paris, don Miguel mourut d'une chute de cheval, subitement, sans avoir eu le temps de faire son testament.  S'il avait pu le faire, il est plus que probable qu'il eût laissé sa fortune à sa fille adoptive.  Mais Octavia était prudente et avait placé avec avantage les différents sommes qu'elle avait su obtenir de la générosité de son amant.  De plus, elle avait, pour le moins, la valeur d'un quart de million en bijoux.  Comme nous le voyons, la mort de son amant ne la laissa pas sans ressources.  Loin de là!
    A peine le Cubain avait-il été porté à sa dernière demeure que plusieurs galants se présentèrent, tout disposés à prendre sa place près de la belle quarteronne.  Des milords anglais lui écrivirent; un prince russe mit sa fortune à ses pieds; un duc italien, un vicomte français s'avancèrent:  mais tous eurent le même sort:  Octavia repoussa leurs offres.
    Elle venait de refermer la lettre du prince russe lorsque ses regards tombèrent sur Mary qui, debout devant une glace, essayait un pas de deux où les pirouettes et les jettements de jambes n'étaient pas épargnés.  Mary était fort grande pour son âge:  à onze ans, on lui en eut donné quatorze.  Si l'enfant était restée près de sa véritable mère, il est à supposer que sa beauté eût revêtu un tout autre caractère; car, il faut l'avouer, ce qui choquait sur ce jeune visage et dans ces yeux bleus, c'était la hardiesse qui y brillait.  Rien qu'à la regarder, on devinait la fille d'une courtisane, la courtisane de l'avenir.
    Octavia la regarda longtemps, puis se dit à demi-voix:
    —Elle grandit… ma vengeance grandit aussi:  mais il y manque quelque chose…  Je vais partir pour l'Amérique.
    Le lendemain même, elle annonça son prochain départ.  Elle écrivit à son agent à Nouvelle-Orléans, lui ordonnant de faire meubler sa maison de la rue Royale et terminant sa lettre par ces mots:
    "Dans un mois, je serai à Nouvelle-Orléans."
    En emballant ses effets, la quarteronne ouvrit une grande boîte où elle avait enfermé les vêtements que la petite Félicie portait au moment de son abduction.  Elle les retira l'un après l'autre de la boîte et les examina avec attention.  Il y avait d'abord la longue robe de batiste brodée dont était habillé l'enfant; le large ruban bleu qui lui servait de ceinture; les bracelets de corail à larges fermoirs d'or sur lesquels étaient entrelacées les deux lettres F. D.; un mignon médaillon suspendu à une chaîne d'or fort mince, mais d'un travail exquis.  Le médaillon contenait, dans son entourage de perles fines, un double portrait, celui d'Angèle et celui du juge.  De plus, un petit bonnet de dentelles garni de rubans bleus.
    —Si je me souviens bien, se dit Octavia en remettant chaque objet dans la boîte, le juge Alfred D….. a dû garder une liste de ces vêtements et de ces bijoux puisqu'il les a fait afficher sur tous les journaux lors de la disparition de sa fille.  J'ose donc espérer qu'il les reconnaîtra lorsque je les lui renverrai.
    Et elle rit d'un rire que lui eût envié Satan.


CHAPITRE XII



     La nouvelle du retour d'Octavia créa une véritable commotion à la Nouvelle-Orléans.  Dans tous les salons, et même dans toutes les cuisines, on ne parlait que de ce retour.  La belle quarteronne avait envoyé une foule de choses en avant:  des voitures, des meubles, des colifichets de toutes sortes.  Et, de tous les côtés, même de la campagne, il arrivait une foule de curieux qui se pressaient dans les salons de la maison de la rue Royale pour voir le nouvel ameublement de la belle courtisane qu'une foule d'ouvriers mettaient en place.
    Dans la cuisine et dans l'office du juge D…… on parlait beaucoup d'Octavia la quarteronne.  Le valet de chambre du juge se souvenait du temps où il portait à la jeune fille les messages de son maître.  De son côté, man Catherine se rappelait bien des choses, et Noisette, qui avait suivi les curieux, se posait en orateur pour raconter les nouvelles merveilles du petit boudoir rouge, celles de la chambre à coucher, des quatre salons, et pour parler d'une baignoire en cristal (qu'elle baptisait diamant) et surtout de l'ameublement fantastique de la chambre de la petite fille, où tout était petit et mignon, où chaque meuble était couvert de satin blanc et de dentelles et dans laquelle s'ouvrait un petit cabinet tout rempli de jouets merveilleux et de poupées qui parlaient et qui marchaient.  Mais ce qui surtout excitait l'enthousiasme de Noisette, c'était la voiture de mademoiselle Mary, un véritable landau traîné par des chèvres.
    Noisette, dans un moment d'oubli dont elle se repentait amèrement, avait enlevé la fille de ses maîtres et l'avait livrée à Octavia, mais elle était loin de se douter que cette enfant fût la même que celle que la quarteronne présentait partout comme sa fille.  Ainsi que tout le monde, elle avait cru et croyait encore à l'accouchement de la courtisane.  Jamais elle n'avait cherché à savoir ce qu'était devenue la petite Félicie.
    Et pendant que Noisette parlait, on aurait pu voir Léonce, la bouche et les yeux ouverts, écoutant avec avidité les discours exagérés de la jeune mulâtresse.  Hélas! il faut bien l'avouer:  le pauvre enfant passait la plus grande partie de son temps dans la cuisine, à côté de man Catherine, qui avait été sa gardienne, et des autres domestiques qui le traitaient avec une familiarité révoltante et ne pouvaient, par leurs exemples et leurs paroles, qu'inculquer les plus mauvais principes dans cette jeune âme si facile à impressionner.
    Pour décider Noisette à le conduire chez Octavia, Léonce lui glissa une pièce d'argent dans la main; et après avoir visité le palais de la courtisane, il revint tout émerveillé et eut une longue liste de nouvelles à raconter à man Catherine.
    Après avoir quitté la maison de la rue Royale, Noisette, avec la perversité de sa race, raconta à cet enfant de treize ans la conduite scandaleuse que son père avait menée autrefois; elle lui dit que la belle Octavia avait été sa maîtresse, que c'était le juge qui lui avait donné cette belle propriété de la rue Royale.  Elle parla ensuite de la disparition de la petite Félicie (Léonce connaissait cette circonstance) et acheva en s'extasiant sur le bonheur de la fille de la quarteronne qui possédait tant de belles choses.
    En accordant à son agent la permission d'ouvrir sa maison au public, Octavia savait ce qu'elle faisait:  elle se doutait bien que quelques-uns des domestiques du docteur ou du juge suivraient la foule, et que Léonce suivrait les domestiques.  Ses succès ne s'arrêteront point là:  entraîné par la curiosité, le docteur Verdier voulut voir aussi les merveilles dont s'occupait toute une ville.
    Léonce raconta à son grand-père ce qu'il avait vu et, au lieu de le gronder, de lui reprocher son étourderie, le docteur, d'après la prière de l'enfant, le prit par la main et, pour la seconde fois,  ils entrèrent sous le toit du serpent qui préparait leur ruine.  Octavia eut été fière de son succès si elle avait pu le voir, mais elle ne tarda pas à l'apprendre.
    Un matin du mois d'octobre, on eut pu facilement s'apercevoir que quelque chose d'inusité était arrivé.  Au coin des rues, on voyait des groupes d'hommes parlant et gesticulant, des femmes, des enfants, marchant au plus vite et se dirigeant vers la rue Royale qui, vraiment, en cet instant, présentait un singulier aspect.  La rue était remplie de monde, on se bousculait sur les trottoirs et les voitures étaient forcées de s'arrêter tant la foule était compacte.
    Et tout ce bruit, cette commotion, parce que la belle Octavia était arrivée.  Tous les yeux, tous les nez étaient en l'air.  Cette foule pensait-elle voir apparaître la jeune quarteronne et espérait-elle être haranguée par elle?  En ce cas, son espoir fut déçu, car la courtisane ne parut point; mais sur le balcon du premier étage apparut tout à coup la plus mignonne petite créature qui se pût imaginer et qui fut accueillie par des murmures d'admiration.  C'était Mary, comme nous devons bien le deviner.  Elle n'avait même pas pris la peine de se débarrasser de son attirail de voyage et apparaissait, aux yeux de ceux qui l'admiraient, tout enveloppée de fourrures et portant, sur ses longs cheveux blonds, un coquet petit bonnet de fourrure.  Etonnée et amusée des faits et gestes de cette foule, la petite fille lui montrait ses dents blanches au milieu d'un rire mutin et lui envoyait des baisers du bout de ses petits doigts, admirablement gantés.
    Caché dans cette foule, Léonce dévorait Mary du regard et ne perdait pas un seul de ses mouvements.  Au lieu de retourner chez lui, il monta chez son grand-père.  Il était soucieux, de mauvaise humeur, et aussitôt le docteur fut sur le qui-vive.
    —Qu'as-tu? que t'a-t-on, mon enfant?  demande-t-il, s'imaginant déjà que le juge avait dû commettre quelque iniquité à l'endroit de ce pauvre petit.
    —On ne m'a rien fait, répondit Léonce, seulement. . .  cette femme qu'on appelle Octavia la quarteronne est arrivée. . . et je veux. . . je veux aller jouer avec sa petite fille.
    Le docteur fit un saut sur son fauteuil et crut avoir mal entendu.  Il répondit à son petit-fils en le caressant doucement:
    —Ce que tu demandes là est impossible, mon enfant:  ces gens-là ne sont pas de notre classe.
    —Alors, demanda l’enfant en attachant ses grands yeux pleins d’audace sur le visage de son grand-père, pourquoi papa est-il resté trois ans avec cette Octavia?
Pourquoi lui a-t-il fait cadeau de la maison où elle demeure aujourd'hui?
    Le docteur faillit tomber de son haut.  Qui donc avait osé rappeler de tels souvenirs pour les raconter à cet enfant?  Il questionna, mais Léonce resta muet.  Il aimait Noisette qui lui contait toujours un tas de belles choses et cachait bien souvent ses escapades.  Au lieu de répondre aux questions de son grand-père, il continua de déclarer qu'il voulait aller chez Mme Octavia et que, surtout, il voulait accompagner Mary dans la petite voiture attelée de chèvres.
    —N'est-ce que cela?  demanda grand-papa prêt à tout faire pour consoler son cher enfant.  Si tu y tiens, je te ferai venir de New York une voiture et un attelage semblables à ceux de la petite quarteronne; et tu pourras accompagner, tant que tu voudras, les petites filles du quartier.
    Léonce répondit à cette offre par un juron des mieux articulés.  Le docteur fit comme s'il n'avait pas entendu et continua:
    —Mais songe donc, mon enfant! tu as près de quatorze ans, tu es trop grand pour conduire des chèvres.  Je t'achèterai un joli cabriolet et le plus beau pony que nous pourrons trouver à Nouvelle-Orléans. . . qu'en dis tu?
    —Que je n'en veux pas, et voilà tout, répondit l'enfant gâté en tournant le dos à son grand-père et en fermant derrière lui la porte avec une force à tout briser.
    Mais si Léonce rêvait aux moyens de se faire admettre chez Octavia, avouons que cette dernière le désirait encore davantage et que, grâce à elle, la chose devint facile au petit garçon.
    Un matin, à l'étonnement et à l'enchantement des habitants et des promeneurs de la rue Royale, la porte de cour du numéro 65 (la maison d'Octavia) s'ouvrit avec fracas et la petite voiture, avec ses deux chèvres blanches et son harnais de velours bleu et d'argent, sortit par cette porte et fila comme une flèche le long du trottoir au bruit des grelots d'argent des chèvres et des acclamations de la foule.
    Assise sur les coussins de velours de la petite voiture, tenant les rênes de soie de sa main gantée, était Mary, habillée avec une élégance et une richesse inconnues aux badauds qui la regardaient la bouche ouverte.  La seule protection accordée à la petite fille était celle d'un valet en grande livrée qui la suivait à distance.
    Nous savons ce qui arrive ordinairement lorsqu'une procession parcourt les rues de la ville:  qu'un cirque, un enterrement ou une bande de musique paraisse et vite les balcons se garnissent de curieux la foule s'assemble, les gamins se mettent à courir et une véritable procession se forme aussitôt, bien souvent sans qu'on sache pourquoi.
    Tel fut le cas lorsque la petite voiture de Mary fit son apparition.  En un instant, une foule compacte l'entourait et, dans cette foule, tout à fait en avant, était Léonce dévorant la petite fille du regard et ne perdant pas un seul de ses mouvements.
    Octavia avait montré Léonce à sa fille adoptive et lui avait donné toutes ses instructions:  aussi, dès que Mary eût aperçu le petit garçon, elle arrêta son attelage et lui fit signe d'approcher.  Il s'empressa d'obéir.  Alors, avec son plus doux sourire, elle lui dit:
    —Cela m'ennuie d'être seule; montez, venez vous mettre près de moi.
    Il ne se fit pas répéter l'invitation et, au bout d'un moment, elle lui avait passé les rênes et avait ouvert son petit parasol de satin rose audessus de leurs têtes.  Ils se promenèrent pendant près d'une heure.  Ce qu'ils se dirent, Dieu le sait! mais ce que je sais, c'est que, le même soir, Léonce réclama de son grand-père la voiture et le cheval que celui-ci lui avait offerts le matin même et qu'il avait refusés avec dédain.  Le docteur lui donna carte blanche et notre jeune garçon alla immédiatement se choisir un léger cabriolet et un charmant pony qu'il fit conduire à l'écurie de son grand-père.  Il craignait l'opposition du juge à ce que celui-ci appelait la faiblesse de son oncle et les folies de son fils.  Le lendemain même, on aurait pu voir dans cet équipage coquet deux enfants, richement habillés et imitant à ravir les airs et les coquetteries de leurs aînées.
    A peine deux mois s'étaient-ils écoulés depuis le retour d'Octavia la quarteronne à la Nouvelle-Orléans qu'elle avait repris sa vie de désordres et de folies, ses petits soupers, ses fêtes dont les journaux ne cessaient de parler.  Et à toutes ces orgies, la courtisane initiait pas à pas la fille du juge D……. et se servait de la sœur pour attirer le frère dans ce repaire du vice et de la luxure.  Octavia connaissait celle qu'elle appelait sa fille et savait qu'elle pouvait se fier à elle dans la tâche qu'elle lui avait imposée et aussi que nulle coquette de dix-huit ans ne pouvait mieux jouer son rôle que cette petite Mary.  Presque tous les soirs, Léonce se rendait chez Octavia et, grâce à Noisette, lorsque l'enfant était près de sa petite amie, le juge le croyait endormi dans son lit.  En plusieurs circonstances, grâce à la générosité du docteur, Léonce avait fait à Mary des cadeaux de prix.
    Il arrivait quelquefois, lorsqu'il paraissait pendant une fête ou un souper, que Mary le prît par la main et le conduisît derrière un rideau d'où il pouvait voir toutes les indécences, les abominations qui se commettaient à dix pas d'eux et, de cette manière, l'initiat à une vie d'horreurs qui aujourd'hui n'amenaient plus la moindre rougeur au front de la petite fille.
    Octavia avait dit vrai:  sa vengeance devait être horrible, sans rivales dans les annales du crime. 


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