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LA NOUVELLE ATALA
ou
La Fille de l'Esprit
Légende indienne
par Chahta-Ima
(De la Louisiane)
Nouvelle-Orléans 1879
Imprimerie du Propagateur Catholique
204, Rue de Chartres, 204
RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES
Christophe Colomb et
Chateaubriand ont compris les Indiens; ou plutôt, ils les ont devinés,
parce qu’ils les ont aimés. Le premier a fait le plus grand
éloge de ces peuples naïfs; le second parle ainsi de l’homme
des forêts primitives: « L’Indien n’est pas sauvage; la civilisation
européenne n’a pas agi sur le pur état de nature, elle a
agi sur la civilisation américaine commençante; si elle n’eût
crée quelque chose; mais elle a trouvé des mœurs et elle
les a détruites, parce qu’elle était plus forte, et qu’elle
n’a pas cru se devoir mêler à ces mœurs. . . . Ecartant
un moment les grands principes du christianisme, mettant à part
les intérêts de l’Europe, un esprit philosophique aurait pu
désirer que les peuples du Nouveau-Monde eussent eu le temps de
se développer hors du cercle de nos institutions. . . . Nous
sommes réduits partout aux formes usées d’une civilisation
vieillie. On a trouvé chez les Sauvages des commencements
de toutes les coutumes et de toutes les lois des Grecs, des Romains et
des Hébreux. Une civilisation d’une nature différente
de la nôtre aurait pu reproduire les hommes de l’antiquité,
ou faire jaillir des lumières inconnues d’une source encore ignorée.
Qui sait si nous n’eussions pas vu aborder un jour à nos rivages
quelque Colomb américain venant découvrir l’Ancien-Monde? »
Il y a l’intuition
du génie et l’intuition du cœur: L’illustre écrivain
de la vieille Armorique avait au plus haut degré ces deux intuitions:
Il devina l’Indien, il l’admira, il l’aima; et, s’identifiant avec sa civilisation,
il en fut le chantre sympathique: Son enthousiasme égala son
admiration et son amour.
Mais, si l’Atala de Chateaubriand, lorsqu’elle
se présenta dans le monde littéraire, fut accueillie avec
une si froide et studieuse incivilité par un abbé Morellet,
un Joseph Chénier, et quelques autres critiques, aussi peu gracieux
que ceux-là, quel sera donc l’accueil que recevra la Nouvelle Atala,
lorsqu’elle se présentera dans le même monde littéraire,
sans l’appui du génie et sans la recommandation des même qualités
que sa sœur ainée?
Il y a plus de savante sauvagerie qu’on ne
pense dans la civilisation des villes les plus policées, et plus
d’instinctive civilisation qu’on ne semble vouloir admettre dans la sauvagerie
des déserts les plus incultes: Le raffinement est plus à
craindre que la rudesse; la critique sophistiquée, plus que l’attaque
barbare; la plume pointilleuse, plus que la flèche empoisonnée.
Les Sauvages de l’Amérique ressemblent
aux héros d’Homère et d’Ossian; leur simplicité est
aussi grande que leur franchise et leur fierté: Pour les comprendre,
il faut les aimer: L’amour devine mieux que l’esprit.
La Nouvelle Atala paraîtra, peut-être,
aux yeux des Grands Maîtres de l’Esthétique moderne, d’autant
plus agreste, étrange et sauvage, qu’elle est plus rapprochée
de la grande nature primitive, et plus étroitement unie au Dieu
de cette nature, qui est aussi le Dieu de la vraie philosophie, et le Dieu
de la vraie religion.
Dans les grandes villes, dans les grands centres
intellectuels, aux foyers de ce grand siècle de lumières,
trouvera-t-elle une place, fût-ce la dernière, pour s’y asseoir
dans la compagnie de ses frères et de ses sœurs au pâle visage?
Je l’espère pour elle; mais je l’espère,
comme on espère l’inattendu et l’exceptionnel.
Quel que soit cependant le sort réservé
à la Nouvelle Atala, dans les grands cercles du raffinement littéraire,
devant l’Aréopage Suprême qui siège à Paris
ou ailleurs, elle est toujours sûre de retrouver sa place au soleil
du désert natal; la fleur inculte s’effeuillera dans la même
solitude où elle s’est épanouie; et nul n’y viendra profaner
son repos, loin du tumulte des villes inhospitalières, et loin de
l’éclat trompeur d’une civilisation désenchantée.
Heureuse l’exilée que la fortune
adverse ramène dans la patrie et dans la cabane, où
s’écoula son enfance insoucieuse; et qui, revenue sous
l’arbre du désert, raconte à ses sœurs
étonnées les splendides misères qu’elle
a vues dans les plus belles cités; et les somptueux ennuis,
et les opulentes satiétés des nombreuses victimes
de ce luxe extravagant qui règne partout à la place
de l’heureuse et noble simplicité de la nature.
L’Auteur.
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