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La Nouvelle Atala
par Adrien-Emmanuel Rouquette
Pensées et impressions: citations - Introduction
aux deux critiques - Extrait du New Orleans Daily
Item - Extrait du Propagateur catholique
- Autre extrait du Propagateur catholique
APPENDICE.
PENSÉES ET IMPRESSIONS DE
MARIE-ATALA
Marie-Atala, comme on a pu le voir en lisant sa légende,
était à la fois douce et sévère. Il y
avait en elle de la colombe et de l’aigle. Elle était mathématicienne,
comme Marie Agnési, la Milanaise; poète, comme Ste-Thérèse;
savante et élevée, comme Ste-Hildegarde; et aussi singulière
et sauvage que Jeanne-Marguerite de Montmorency, la Solitaire des Pyrennées.
Les Pensées et Impressions, qu’on va
lire, ont été écrites par elle pendant les premières
années de son séjour dans la forêt. Lorsqu’elle
les écrivit, elle ne savait pas qu’elle était la fille d’un
Français et d’une Indienne; et elle ne s’expliquait pas à
elle-même sa nature sauvage.
Plus tard, son âme s’était tellement
concentrée et absorbée en Dieu, que ses sens,—pour employer
un verbe anglais qui manque à la langue française,—étaient
introvertie; ils convergeaient tous intérieurement, ainsi que les
facultés de son âme, vers un seul objet, qui était
leur soleil embrasant, leur unique centre d’attraction et de splendeur;
elle n’écrivait même plus: Excepté Dieu, tout
s’était effacé, tout était oublié, rien n’existait
plus pour elle.
* * *
« Hélas! il y a quelque chose de
si froid et de si profondément triste dans la réalité,
que je ne comprends pas qu’une âme ardente ne rêve pas l’idéal,
et n’y aspire pas de toutes ses forces: L’idéal, c’est le
divin.
* * *
« Qui a jamais réalisé ce
qu’il a rêvé, possédé ce qu’il a espéré,
joui de ce qu’il a désiré avec le plus d’ardeur? L’infini
infranchissable sépare l’idéal du réel: Posséder,
c’est se désenchanter.
* * *
« Je n’ai pas eu d’enfance, puisque mon
enfance s’est passée dans l’enceinte étroite d’un couvent;
j’étouffais dans cette enceinte: Il faut à l’enfant
le grand air, l’espace, l’activité; il lui faut la campagne, les
bois, le désert. O liberté! quel nom te donner?
Tu agrandis l’âme et élèves l’esprit; tu enivres et
exaltes à la fois. Mais les conventions les contraintes de
la société faussent et contractent la nature.
* * *
« Une cabane, une source, un torrent, des
arbres, l’étendue et l’horizon lointain, voilà mon royaume,
voilà mon Eden ici-bas: Tout le reste n’est rien.
* * *
« Le faste éblouissant des palais
et des châteaux cache plus de deuils et de pleurs que l’humble toit
d’une cabane de latanier: Heureux l’Indien!
* * *
« Ce que nous désirons le plus ici-bas,
ah! voilà précisément ce que Dieu nous refuse, parce
que, s’il nous l’accordait, nous oublierions le ciel sur la terre:
L’exil deviendrait la patrie.
* * *
« Dans le monde, je n’était pas comprise:
Comment aurais-je pu l’être? Aimer, c’est deviner, c’est connaître.
Le monde ne m’aimait pas . . . . et je n’aimais pas le monde: Dieu
nous a séparés.
* * *
« Egarée, et comme isolée
dans un recoin obscur de cette immense terre, je te cherche, ô mon
Dieu; je t’appelle; je crie dans le désert, comme le voyageur que
la nuit y a surpris: Viens donc, ô mon Dieu; parle à
mon cœur; laisse-moi entendre ta voix si douce dans la solitude; j’ai besoin
de toi pour continuer la route: Qu’importe où je sois, pourvu
que je sois avec toi.
* * *
« Heureuse la jeune fille qui est née,
qui a grandi sous l’action puissante et tranquille de la vierge nature;
celle qui a eu une enfance libre et simple; celle dont l’âme a pu
se dilater en présence des horizons vastes et onduleux; et, en se
dilatant, s’oublier dans la contemplation de l’infini et de l’immuable.
* * *
« Les sourires de l’aurore, les mélancolies
du crépuscule, les tristesses de la nuit!—qui n’a pas senti leur
influence mystérieuse, dans le silence et la solitude du désert?
* * *
« Sentiers que j’ai parcourus, retraites
que j’ai visitées, profondeurs ombreuses où j’ai pénétré,
immensité verdoyante où je me suis perdue, qui pourrait décrire
vos attraits, vos beautés, vos ivresses, vos enchantements, vos
harmonies et vos mystères? Un seul langage: L’extase
du silence!
* * *
« Le silence dans la solitude, la solitude
dans le calme, le calme dans le désert, ah! voilà le paradis
sur la terre. Le bruit, le tumulte, la discorde, la contradiction,
n’est-ce pas l’enfer anticipé?
* * *
« D’où vient que toutes les voix
de la nature gémissent de concert? J’ai entendu le vent soupirer
dans les arbres frémissants et les herbes ondoyantes; j’ai entendu
sangloter les flots des mers sur les rivages déserts; j’ai entendu
des plaintes prolongées s’élever du fond des vallées
et descendre du haut des montagnes: La thrénodie est universelle!
Ah! je comprends qu’il en soit ainsi: La nature est à l’unisson
de l’âme; le chant de l’âme exilée est une mystique
élégie.
* * *
« Se lever avant l’aurore, baigner ses pieds
nus dans la source limpide, se sentir pénétrer par une fraîcheur
embaumée, cueillir des fleurs encore humides des larmes perlées
de la nuit, entendre le premier chant mélodieux de l’oiseau et le
premier appel mugissant de la génisse, aspirer, avec des narines
et des poumons dilatés, tous les souffles vivifiants qu’apporte
la brise caressante,—Oh! quelle joie! La ville peut-elle nous donner
une joie comparable à celle-là? Cette joie, peut-elle
se trouver dans le luxe éblouissant de la civilisation raffinée
des égoïstes sociétés?
* * *
« Respirer les parfums vierges des fleurs
incultes, se plonger dans les torrents d’eaux vives, écouter les
orageuses harmonies de l’orgue des forêts, sentir dans son âme
un grand calme au milieu des agitations de la nature sauvage, oh! quel
indicible enivrement!
* * *
« Lorsque j’interroge la nature, les perles
me renvoient aux pierres précieuses; les pierres précieuses,
aux fleurs; les fleurs, aux oiseaux; les oiseaux, aux étoiles, au
soleil; et le soleil, à Dieu: Il est le commencement, le milieu
et la fin; tout rayonne de lui: Comment fuir celui qui est partout?
Pourquoi le fuir? Pourquoi ne pas se jeter et se perdre dans l’abîme
de son amour?
* * *
« Si j’avais aimé une créature
mon amour l’aurait consumée, comme le feu consume la paille.
Le poids de mon amour aurait brisé ce frêle roseau, comme
la foudre brise le cèdre. O mon Dieu, je n’ai jamais aimé
que toi, parce que toi seul tu pouvais offrir un foyer assez ardent pour
que mon amour ne s’y éteignit pas.
* * *
« L’immensité de la savane est comme
l’immensité de la mer: Elle attire et repose l’âme.
* * *
« Une goutte d’eau pourrait-elle désaltérer
une âme qui a bu à la grande coupe de l’océan divin?
* * *
« Pourquoi demander aux créatures
ce qu’elles n’ont pas? Ne demandons qu’à Dieu seul ce que
Dieu seul possède et peut donner.
* * *
« Oh ! la paix!. . . . Qui ne l’a
rêvée, et qui n’irait pas le chercher dans le plus profond
désert de la plus aride solitude? La paix! oh! la paix!
Qui donc me la donnera? O mon Dieu, donne-moi la paix; donne-moi
ta paix; donne-moi toute paix, et toute joie dans cette paix inaltérable,
qui ne peut venir que de ton amour.
* * *
« Ramassez, réunissez toutes les
créatures et toutes les choses les plus belles, vous n’aurez qu’une
ombre de la Beauté Incréée: Elle seule est toujours
elle-même.
* * *
« L’âme aspire des choses matérielles
aux choses de l’esprit; des choses de l’esprit, aux choses divines; du
nombre, à l’unité, à Dieu, centre éternel de
toutes les aspirations de l’âme et de la nature.
* * *
« Regarder en arrière, c’est regretter;
regretter, c’est tenir à ce qui passe: Ce qui passe épouvante
l’amour.
* * *
« La foudre, l’aigle et le génie ont le
même empire,—l’empire des orages: La sainteté plane
plus haut, dans l’empire de la sérénité.
* * *
« Qui a jamais conçu, entrepris et
exécuté quelque chose de grand, sans enthousiasme et sans
passion? L’héroïsme est le fruit divin d’une âme
passionnée.
* * *
« La beauté la plus devine n’est
pas celle qui se montre; mais c’est celle qui se voile, qui se cache, qui
échappe aux regards et aux étreintes, et qui se dérobe
dans les splendeurs du mystère impénétrable.
* * *
« Lorsque l’âme, en s’émouvant,
en s’exaltant, en se divinisant, a voulu exprimer l’amour, l’admiration,
l’enthousiasme et l’adoration, une grande joie et une grande douleur, la
poésie a été son cri sublime: Pour parler des
choses les plus sacrées et les plus élevées, il fallait
un langage qui ne fût pas le langage de tous les jours et de tous
les hommes: La poésie est ce langage idéal et divin.
* * *
« Qui n’a pas admiré la chaste rougeur
de l’aurore; qui ne s’est pas senti devenir plus rêveur à
l’heure du crépuscule; qui n’est pas entré dans un profond
recueillement, lorsque la nuit est venue avec le silence et le mystère
de son repos et de sa solitude? Qui n’a prié alors?
* * *
« L’amour est plus poète que les
poètes, plus romantique que les romantiques, plus excessif que tous
les excès, et plus violent dans ses excès que toutes les
violences les plus excessives: Oh! quelle force égale la force
de l’amour, puisque l’amour est plus fort que la mort même?
L’amour est le secret de la vie et de la résurrection de la mort.
* * *
« La nature ne se dévoile et ne se
révèle entièrement qu’à ses initiés;
elle ne se livre qu’à ceux qui se livrent à elle; pour la
comprendre, il faut l’aimer jusqu’à l’enthousiasme; le poète
est son plus intime initié; à lui seul elle ouvre son sanctuaire
illuminé.
* * *
« Je n’ai pas besoin de parler pour être
entendue de Dieu; mon silence lui dit plus que ne pourraient lui dire mes
paroles: La plus haute prière est dans le silence des larmes
du cœur, dans le silence de l’amour exalté.
* * *
« Ma pirogue! elle m’obéit, comme
le corps obéit à l’âme; elle glisse, elle vole sur
l’eau; elle s’élance et bondit, comme un être vivant; elle
semble s’identifier avec moi, comme je m’identifie avec elle; elle est
animée de mon âme; nous ne faisons qu’une seule; elle va où
je veux, et comme veux; et nous nous enivrons de la joie que donnent la
rapidité du mouvement et le caprice de la liberté.
* * *
« O moqueur, ô chantre merveilleux,
ô inimitable imitateur, ô magique harmoniste, ô mon doux
poète! lorsque je t’entends chanter, pendant la nuit, sans te voir
et sans suivre tes mouvements, je crois entendre un Esprit céleste
qui emprunte à la musique idéale tous ses enchantements,
pour ravir l’oreille et séduire l’âme. Ta voix ardente
rayonne, éclate, se voile, et s’éteint d’émotion.
Tu exhales en soupirs des notes si mélancoliques, et enveloppées
de tant de mystère, des notes si passionnées, que je les
écoute longtemps encore après leurs dernières vibrations,
langoureusement prolongées comme les derniers accents inarticulés
d’un adieu qu’étouffe un flot de larmes désolées!.
. . . O harmoniste inspiré, ô mon doux poète!
ne chante plus comme je t’ai si souvent entendu chanter; car je croirais
que la terre est devenue le ciel: Et j’y resterais pour t’écouter
toujours, ô mystique enchanteur!
* * *
« La vie est trop peu de chose, pour qu’elle
serve à autre chose qu’à nous préparer à entrer
dans une éternité d’amour, de joie et de gloire.
* * *
« Craindre la mort, ne pas désirer
de mourir, est-ce aimer Dieu? L’amour n’a qu’un désir, c’est
de posséder l’objet aimé: Comment aimer Dieu, et vivre
séparée de lui? Oh! quand la mort me donnera-t-elle
des ailes pour m’envoler vers Celui que j’aime? Oh! quand serai-je
unie à Celui-là, et à Celui-là seul?
* * *
« J’entends sans cesse une voix qui me crie:
« Monte, monte encore, monte toujours, monte jusqu’à la source
même. » Je me sens attirée vers ces hauteurs toujours
couvertes de neige, où règnent le silence, le calme et la
solitude; et d’où le regard ravi embrasse un incommensurable horizon.
. . Oh! que n’ai-je l’envergure du condor solitaire qui plane en
souverain au-dessus des Andes et des Cordillières?
* * *
« De ce côté de la tombe, oui,
je le dis avec enthousiasme, les fleurs sont belles; les oiseaux, mélodieux;
la forêt primitive, imposante; le ciel étoilé, splendide;
toute la création, toute la nature est ravissante; autour de moi,
au-dessus de moi, tout est grand, tout est simple, tout est fécond,
tout est magnifique; mais tout cela n’est qu’un voile transparent:
O mort, déchire ce voile, écarte ce rideau qui s’interpose
entre Lui et moi, pour l’empêcher de se donner tout entier à
moi, et pour m’empêcher de me donner tout entière à
Lui, l’un et l’autre unis dans l’ineffable embrassement d’un extatique
amour, qui n’a de nom que dans la langue de l’éternité!
* * *
« Et la langue de l’éternité,
c’est la musique! »
Fin.
LES DEUX PREMIERS CRITIQUES
DE LA
NOUVELLE ATALA.
En attendant les oracles ambigus et fastidieux
des abbé Morellet, des Joseph Chénier et des autres faux
Aristarques attirés,—classe médiocre si nombreuse dans la
basse littérature et la presse vulgaire,—il est permis de donner
l’appréciation spontanée et sympathique des deux premiers
critiques de la NOUVELLE ATALA,—l’un anglais, l’autre créole,—et
qui, ceux-là, ont eu le mérite et le courage de s’être
prononcés, avant que les autres aient rendu leurs sentences négatives,
avec cette emphase magistrale et cette pédantesque assurance qui
caractérisent toujours une autorité usurpée.
« Le vrai critique, le grand critique
se place assez haut pour saisir du même coup d’œil le tout et ses
parties. Nul ne peut juger ce qu’il ne domine pas. L’engouement
vulgaire entraîne la partialité. L’enthousiasme supérieur
entraîne l’impartialité, qui est la gloire du juge.
L’enthousiasme donne le courage, et le courage a deux accents. Il
admire ce qui est beau, il flétrit ce qui ne l’est pas. La
critique doit être fidèle comme la postérité,
et parler dans le présent la parole de l’avenir. Elle doit
commencer, près de l’homme qui attend, le rôle de l’humanité,
et préluder au concert que feront sur sa tombe ses descendants.
Elle doit faire les noms, faire les gloires. Il est bon que quelqu’un
soit là, debout et vaillant, qui puisse, après l’Amérique
découverte, n’ayant ni calomnié, ni trahi, regarder en face
Christophe Colomb. »
* * *
Extrait du NEW ORLEANS DAILY CITY ITEM, February
24 1879
A LOUISIANA IDYLL.
We have before us the advance pages of a romance
which we do not hesitate to term the most idyllic work in the literature
of Louisiana,—a creation insired by the Spirit of forest-solitudes,—a prose-pœm
melodious as an autumn wind chanting a language, mystic and unwritten,
through woods o pine. Fresh and pure as that unfettered wind, fragrant
as wild flowers, there is a strange charm about this story unlike anything,
perhaps, except the magic of Chateaubriand. Perhaps the modest, yet
aspiring title, La Nouvelle Atala, would seem to suggest the inspiration
of that mighty master; but the uniqueness of the New Atala is too strongly
announced to allow of this idea. There is indeed a remote kinship
between the romanticism of the French and the Louisiana author; but only
sufficient to justify the criticism that La Nouvelle Atala comes from the
hand of un nouveau Chateaubriand; and he is none other than Chahta-Ima,
the last of the Indian missionaries, the good father Adrien Rouquette.
None but one whose life had been passed in communion with nature in all
her moods could have written such a book;—it seems to have the very odor
of a pine-forest; and on turning its pages a breeze from the prairie seems
to aid the fingers of the reader.
Aside from the religious idea which permeates,
like a leaven, the whole structure of the volume, La Nouvelle Atala offers
a curious study from a purely literary point of view. It reflects
the spirit of a life,—a most unique and strange life, such as will doubtless
never be lived again in this country; the life of a missionary so enamored
with nature and solitude, and of the simple and healthy existence of those
who call him Black-robe Father, that he has become even as one of them,
as his Indian appellation teaches us;—a priest whose temple is the forest,
with the cloud-frescœd heaven for its roof, and for its aisles, the pillared
magnificence of the pines,—whose God is the God of the Wilderness, the
Great Spirit overshadowing the desert. Poetically does the author
express this sentiment in his preface:
"Perhaps La Nouvelle Atala may seem, in the
eyes of the great masters of modern aesthetics, the more wild, strange,
and savage, the closer her relationship to primitive nature, and the closer
her union to the God of that nature,—who is also the God of true philosophy
and the God of true religion. In the mighty cities, in the great
intellectual centres, before the hearths of this great age of knowledge,
will she find a place,—though it should be even the last,—in the company
of her pale-faced brothers and sisters. I hope for her; yet I hope
only as one hopes for something unlooked for and exceptional. But
whatever be the lot reserved for La Nouvelle Atala in the great circles
of literary refinement, before the Supreme Areopagus which sits at Paris,
or elsewhere, she will assuredly find her home again under the sun of her
native desert; the wild flower will still bloom in the same solitude where
it first blossomed; and none shall go there to profane its repose, far
from inhospitable cities, and the illusive glitter of a civilization disenchanted."
And La Nouvelle Atala herself? We have
a portrait of her at the commencement of the romance,—a finely-engraved
plate. Of course the heroine is a child of the desert,—dusky but
beautiful withal; and we are assured this is a strictly faithful portrait
of the heroine, who has, however, sufficient white blood in her veins to
account for the peculiar character of her features. The contemplative
expression of the face, together with its surprising regularity, reminds
one of a Raphaelesque study; but the general shape of the head is truly
Indian.
Unfortunately lack of space renders it impossible
for us to do the book common justice, by attempting to translate a few
of its richly eloquent passages; this we may do at some future time.
At present we can only call attention to it as a most remarkable and beautiful
piece of writing,—idyllic in sentiment, strong and brilliant in coloring,
and valuable as a unique example of romance inspired by the personal experiences
of a life-time spent in the solitude of the wilderness. Yet we can
not conclude without a brief extract,—one which reflects the spirit of
the author so perfectly, that we must offer it to our readers:
"Atala spoke to God, sometimes she talked
to herself; but with others she seldom conversed, and soon forgot what
had been said to her;—others could not have comprehended her; she was to
them but a mystery or a scandal; in her, intuition had reached its highest
summit of bliss; identified with the savage and primitive spirit of American
nature, inspired by the mysterious voices of the deep forests, of the vast
prairies, of impetuous rivers and tempestuous seas,—uplifted by the mighty
breezes which fill and animate the solitudes haunted only by the sovereign
eagle and the fiery angel of prayer,—standing upon some giddy height, or
bending above abysses whose depths re-echoed the roar of falling waters,
the illimitable unfolded its mysteries to her illumined gaze, and the infinite
heaven opened itself to the mystic flight of her burning thoughts."
* * *
Extrait du PROPAGATEUR CATHOLIQUE.
Traduction Française de l’article précédent, 1er
Mars, 1979.
UNE IDYLLE LOUISIANAISE.
Nous traduisons avec plaisir un article éditorial du «
Daily City Item, » de mardi dernier, 25 févier, sur la Nouvelle
Atala.
« Nous avons devant nous les épreuves
d’une légende romantique, que nous n’hésitons pas à
signaler comme la plus véritable idylle de toute la littérature
de la Louisiane;—c’est une création inspirée par l’Esprit
de la solitude des forêts;—c’est un poème en prose aussi mélodieux
que le vent d’automne chantant un langage mystique, qui ne s’écrit
pas, mais qui s’entend dans les bois de pin. Cette histoire légendaire,
fraîche et pure, aussi libre que le vent, et remplie des mêmes
parfums que les fleurs sauvages, a un charme qui lui est tout-a-fait particulier,
et qui no ressemble, peut-être, qu’à la magie qui distingue
le génie de Chateaubriand. On serait tenté de croire
que ce titre modeste, et pourtant quelque peu ambitieux, La Nouvelle Atala,
aurait pour but de nous faire comprendre que l’inspiration de l’auteur
est dûe à ce maître puissant; mais le caractère
unique de La Nouvelle Atala est trop fortement prononcé pour que
l’on puisse entretenir cette idée. Il y a, cependant, une
sorte de parenté éloignée entre le romanticisme de
l’auteur Français et celui de l’auteur Louisianaise; mais cette
parenté ne sert qu’à justifier la critique, lorsqu’elle affirme
que La Nouvelle Atala est l’œuvre d’un nouveau Chateaubriand; et ce Chateaubriand
n’est pas autre que Chahta-Ima, le dernier des missionnaires indiens, l’excellent
Père Adrien Rouquette. Aucun autre que celui-là seul
dont la vie s’est passée dans une intime relation avec la nature,
dans tous ses aspects et ses changements, n’aurait pu écrire un
pareil livre;—il semble imprégné de l’odeur des pins; et,
en le feuilletant, on dirait que la brise qui vient des prairies aide nos
doigts à en tourner les pages parfumées.
« Sans tenir compte de l’idée
religieuse, qui, comme un levain, pénètre et anime toute
la composition du volume, à ne la considérer que du seul
point de vue littéraire, La Nouvelle Atala est un sujet de curieuse
et intéressante étude. Ce volume reflète l’esprit
d’une vie tellement exceptionnelle et étrange, qu’on n’en mènera
jamais encore une semblable dans ce pays: la vie d’un missionnaire
si épris d’amour pour la nature et la solitude; il reflète
l’existence simple et robuste de ceux qui l’appellent Robe-Noire, et à
qui il ressemble assez pour être regardé par eux comme un
des leurs, ainsi que nous le prouve le nom qui lui a été
donné; à lui, qui a pour temple la forêt, pour pavillon
le ciel aux fresques nuageuses, et pour nefs les magnifiques colonnades
de pins; à lui, dont le Dieu est le Dieu du désert, le Grand
Esprit qui couvre de l’ombre de ses ailes l’immense solitude: Et
l’auteur exprime poétiquement ce sentiment dans sa préface:
« La Nouvelle Atala paraîtra peut-être,
aux yeux des Grands Maîtres de l’Esthétique moderne, d’autant
plus agreste, étrange et sauvage, qu’elle est plus rapprochée
de la grande nature primitive, et plus étroitement unie au Dieu
de cette nature, qui est aussi le Dieu de la vraie philosophie et le Dieu
de la vraie religion. Dans les grandes villes, dans les grands centres
intellectuels, trouvera-t-elle une place, fût-ce la dernière,
pour s’y asseoir dans la compagnie de ses frères et de ses sœurs
au pâle-visage? Je l’espère pour elle; mais je l’espère,
comme on espère l’inattendu et l’exceptionnel. Quel que soit
cependant le sort réservé à La Nouvelle Atala, dans
les grands cercles du raffinement littéraire, devant l’Aréopage
Suprême qui siège à Paris ou ailleurs, elle est toujours
sûre de retrouver sa place au soleil du désert natal; la fleur
inculte s’effeuillera dans la même solitude où elle s’est
épanouie; et nul villes inhospitalières, et loin de l’éclat
trompeur d’une civilisation désenchantée. »
« Et que dire de la personne de La Nouvelle
Atala elle-même? Nous avons un portrait d’elle en tête
du volume qui contient son histoire. Nous n’avons pas besoin de dire
qu’elle est une enfant du désert, d’un teint foncé, mais
cependant ayant une beauté qui lui est propre; et on nous assure
que c’est là une ressemblance parfaite de l’héroïne,
qui a assez de sang caucasien dans ses veines pour nous aider à
comprendre ce qu’il y a de particulier dans le caractère de ses
traits. L’expression contemplative de ce visage, en même temps
que l’étonnante régularité qu’on y remarque, nous
fait penser à une des études Rafaëlesques; Et
cependant l’ensemble de cette tête dénote évidemment
le type indien.
« Il est à regretter que le manque
d’espace nous empêche de rendre au livre une sorte de première
justice, en essayant d’en traduire quelques-uns des passages les plus splendidement
éloquents; mais nous espérons pouvoir le faire plus tard.
Pour le moment, nous ne pouvons qu’appeler l’attention sur ce remarquable
et magnifique morceau de composition, qui tient de l’idylle par le sentiment,
qui se distingue par le ton chaud et brillant de son coloris, et qui est
précieux comme un exemple unique d’inspiration romantique que nous
devons à l’expérience et aux observations de quelqu’un qui
a passé presque tonte sa vie dans la solitude du désert.
Nous ne pouvons terminer sans donner à nos lecteurs ce court extrait,
qui réfléchit d’une manière si parfaite l’esprit de
l’auteur:
« Atala parlait à Dieu, elle
se parlait à elle-même, mais elle parlait peu aux autres et
oubliait ce qu’ils avaient dit; les autres ne l’auraient pas comprise;
elle était pour eux un mystère et un scandale; en elle, l’intuition
atteignait au plus haut sommet de l’idéal ravissant; identifiée
avec la primitive et sauvage nature américaine, inspirée
par les voix mystérieuses des forêts profondes, des vastes
pairies, des fleuves impétueux et des mers orageuses, soulevée
par les grands souffles qui remplissent et animent les solitudes où
habitent seuls l’aigle souverain et l’ange enflammé de la prière,
debout sur les hauteurs vertigineuses, ou penchée au-dessus des
abîmes où tombent les grandes eaux mugissantes, l’espace illimité
était ouvert à ses regards illuminés, et l’infini
du ciel au vol mystique de ses pensées brûlantes. »
* * *
Autre Extrait du PROPAGATEUR CATHOLIQUE.
NOUVELLE-ORLÉANS, 29 MARS. 1879.
LA NOUVELLE ATALA,
PAR CHAHTA-IMA
Il y a quelques semaines, nous avons donné
la traduction d’un article sur La Nouvelle Atala qui a paru dans le «
Daily City Item. » Cet article était de la plume d’un
remarquable écrivain anglais, L. Hearn, savant archéologue
qui voyage en Amérique, pour en étudier les antiquités.
Aujourd’hui, nous donnons un nouvel article sur le même ouvrage,
qui est sous presse et qui sera bientôt livré au public.
Ce second article est de la plume d’un créole distingué,
qui, écrivain lui-même, apprécie l’œuvre de son compatriote
d’un point de vue élevé et avec cet enthousiasme «
qui ayant seul le don de sentir, a seul aussi droit de juger: »
« Il est des hommes dont le début
littéraire est brillant mais éphémère, et qui,
satisfaits d’un premier succès, qui les enivre, s’imaginent avoir
conquis une gloire permanente et n’avoir plus à faire aucun effort
pour la conserver ou pour l’agrandir; natures molles et paresseuses qui
s’endorment sur leurs premiers lauriers et « s’ensevelissent dans
leur premier triomphe. »
« Il en est d’autres, comme Charles
Gayarré et Chahta-Ima, qu’une première victoire littéraire
n’éblouit pas, et qui ne se laissant point aveugler par les éloges
prodigués à leur premier ouvrage, se disent que succès
oblige et leur talent fait sans cesse de nouveaux efforts inattendus, se
métamorphose, se renouvelle, rajeunit d’année: La vieillesse
de ces hommes privilégiés est féconde comme leur jeunesse;
et, sous la neige amoncelée des ans, ils nous apparaissent plus
enthousiastes, plus éloquents, plus poétiques, plus grands,
plus jeunes que jamais: comme le Meschacébé qui ne
s’arrête que quand il a mêlé ses flots aux vagues de
la mer, ces littérateurs infatigables ne cessent de produire que
lorsque la mort glace leur main tenant encore la plume inspirée.
« Après les Savanes, accueillies
par les éloges de Chateaubriand, par les bravos d’Emile Deschamps,
par les louanges sympathiques de Barthélemy, de Lamartine, de Brizeux,
de Turquety et de Sainte-Beuve, le plus éminent critique de notre
siècle; après les Wild Flowers qui nous montraient le littérateur
louisianais aussi grand poète en anglais qu’en français;
après la Thébaïde en Amérique, surabondante,
débordante de hautes pensées mystiques, et unissant à
l’éloquence pittoresque de Lacordaire l’âpre et abrupte poésie
de Lamennais; après l’Antoniade, poème rival des plus beaux
poèmes de Victor de Laprade, le Platon de la poésie française;
après Tegahwhita, ce poème anglais qui n’a paru que dans
un journal, et qui, par ses hautes qualités dramatiques, par le
souffle lyrique qui l’anime, mériterait d’être imprimé
en Amérique et en Angleterre à vingt mille exemplaires; voilà
que tout-à-coup, au moment où l’on croyait que la source
de l’inspiration était tarie pour Chahta-Ima, que la Muse était
prête à l’abandonner, que « sa voix tombait et que son
ardeur allait s’éteindre; » voilà que son talent se
révèle sous un forme nouvelle et imprévue, dans une
œuvre vraiment admirable, qui est « his great work, » a dit
un journaliste anglais du plus incontestable mérite; qui a arraché
des bravos à l’un des écrivains louisianais les plus distingués;
oui, voilà que, plus que sexagénaire, notre illustre compatriote
enrichit la littérature de son pays d’une oeuvre qui a quelque chose
de l’harmonieuse tristesse des grands puis et de la sérénité
silencieuse des forêts vierges. On y respire comme un souffle
embaumé de la solitude; on croit entendre, on écoute, dans
ce livre, les graves mélopées, les majestueuses symphonies
du désert.
« Si la Nouvelle Atala avait été
écrite d’un style dur comme celui de Lamothe, ou dans une langue
aussi lourde que celle de Condorcet, le canevas seul de cette légende
indienne, si pathétique et si dramatique, eut touché et ravi
le lecteur; mais Atala est écrite dans une langue harmonieuse, toute
spontanée, pittoresque, colorée, pleine de fraîcheur,
de limpidité, de grâce, de jeunesse: Rarement la langue
française, ce marbre rebelle, a été sculptée
à coups de ciseau plus audacieux, plus fermes, plus sûrs.
« La Nouvelle Atala! Ce titre pourra
paraître ambitieux. Ah! loin de l’auteur toute idée
de rivalité avec l’incomparable génie de l’Homère
breton. L’œuvre de Chahta-Ima est comme une efflorescence d’une resplendissante
et grandiose imagination: Le génie de Chateaubriand a jeté
une poussière fécondante sur cette terre de la Louisiane
qu’il a immortalisée, et de cette poussière est née
la Nouvelle Atala.
« Cette œuvre est celle qui résume
le plus le talent si varié et si souple de l’auteur. Il y
a mis toute son âme, toute sa vie. C’est un cri de son cœur.
Dans un siècle affamé de jouissances matérielles,
il convie l’âme aux plus sublimes aspirations idéales; il
nous soulève, il nous enlève, il nous élève
aux plus hautes sphères de l’Infini, où nous respirons un
air qui n’est pas de la terre et qui nous la fait oublier.
« Si vous voulez apprécier la
Fille de l’Esprit à sa juste valeur, il faut lire cette émouvante
légende, à la fois chaste et passionnée, à
la campagne, dans les forêts, sous les grands arbres inspirateurs
où elle est éclose, où elle s’est épanouie,
comme une de ces fleurs sauvages de la solitude, que nul œil profane n’a
vues, que nul pied profane n’a foulées, et qui n’exhalent leur parfum
que pour Dieu. Lisez ce livre dans la retraite, avec recueillement;
lisez-le avec une attention bienveillante, sympathique, fraternelle.
Laissez-vous entraîner au courant de ces pages si éloquentes,
si dramatiques, si attendrissantes. Après cette lecture vous
vous sentirez meilleur ou du moins plus porté au bien. Cette
œuvre pacifie et fortifie le cœur. Il y a dans ce poèmeéclos
au désert, comme dans la nature, une puissance d’apaisement ineffable;
mais pour comprendre les beautés symboliques de la création,
il faut la pureté du cœur et du regard.
« La Nouvelle Atala aura peut-être
ses négateurs, ses détracteurs, comme sa glorieuse aînée.
Qu’importe? Le triomphe, partout comme à Rome, est accompagné
d’insulteurs poursuivant de leurs clameurs impuissantes le char du triomphateur.
On opposera l’ancienne Atala à la nouvelle, la mère à
la fille, comme on opposait Bernardin de Saint-Pierre à Chateaubriand;
comme on a dit que Graziella n’était qu’une pâle copie, un
pastiche de Paul et Virginie! Comme si la pensée, comme la
voix humaine, n’avait pas mille accents divers! Comme si le beau,
le vrai beau n’avait pas mille interprétations possibles!
Comme si la variété dans l’unité n’était pas
la loi de l’art comme la loi de la nature! Comme s’il n’y avait point
place au soleil littéraire pour l’épanouissement de toutes
les grandes imaginations créatrices! Si de hautes pensées
exprimées dans un langue digne d’elles; si de belles et éblouissantes
images puisées à la vive et grande source de la solitude;
si un doux et profond sentiment de la nature, de ses joies et de ses tristesses;
si un magnifique drame, dont le théâtre est le désert,
« l’empire des grandes passions; » si des pages rappelant souvent
les plus belles de Chateaubriand sans une ombre d’imitation ou de réminiscence;
si un livre où l’auteur se montre quelquefois publiciste vigoureux
comme par intuition, souvent penseur profond, toujours grand poète;
si tout cela peut donner à un ouvrage la popularité immense
qu’il mérite, nous croyons que la Fille de l’Esprit aura une place
d’honneur dans toutes les bibliothèques. C’est pour tout Louisianais
un devoir d’acheter un exemplaire de la Nouvelle Atala, et nous ne doutons
pas du patronage chaleureux de nos compatriotes. Ils apprécieront
à sa juste valeur l’œuvre d’une intelligence supérieure et
lui paieront un tribut de sympathique admiration. L’admiration!
« Je ne sais pas de plaisir plus divin qu’une admiration nette, distincte
et sentie, » dit Sainte-Beuve. »
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