Derniers feuilletons du Courrier
Que cela soit le cas ou non, nul feuilleton original ne paraît dans les pages du Courrier avant 1849. En février 1847 la gazette présentait Agnès de Méranie, du futur académicien François Ponsard. C'est à tort que Bayon fit paraître cette « tragédie en cinq actes » sous la rubrique « Feuilleton du Courrier », car, bien sûr, cette pièce écrite en France l'année précendente ne constitue pas un texte original. Tout cela pour dire que pendant quatre ans, les seules oeuvres françaises prévalent. Dans sa bibliographie, Hamel indique un feuilleton intitulé La Petite fille de Dancourt, d'Arsène Houssaye, qui aurait paru le 13 juin 1848. Pourtant, nous avons consulté ce numéro sans trouver cette oeuvre.
En août 1849, dans la semaine qui précède sa cession du Courrier, Bayon fit paraître deux feuilletons: « Coup d'oeil sur les écoles publiques », d'Armand Dietz, et « Innocente Indiscrétion », d'Henry de Marsan. Dans ce premier, Dietz—« professeur dans les public schools de la Nouvelle-Orléans », selon Tinker (143)—fait l'apothéose du système scolaire, qui veut « convier le pauvre au banquet de l'étude ». Dédié à « Messieurs les Directeurs des Ecoles Publiques de la première municipalité », « Un Coup d'oeil » reproche aussi à la presse, « embouchant sa trompette », d'avoir néglié d' « [aborder] avec tous ces moyens / Ce projet si fécond en nombreux citoyens ». Tinker ne fait pas mention du cet hommage enthousiaste et n'attribue à Dietz qu'un poème paru dans L'Orléanais en 1852.
Le lendemain, le 9 août, parut le premier fascicule d' « Innocente indiscrétion ». L'action s'ouvre lors de la messe pascale à la cathédrale Saint-Louis de la Nouvelle-Orléans. L'auteur décrit quatre soeurs, dont l'aînée reçoit un billet d'amour de la part d'un admirateur. Dans la livraison du 10 août, la jeune femme contemple la lettre dans sa chambre. C'est ici que s'arrête le feuilleton, car l'oeuvre reste inachevée, bien que Hamel la qualifie de nouvelle (646),. Il s'agit néanmoins d'un beau début d'histoire d'amour, et il est regrettable que le feuilleton ne fût jamais achevé, soit parce que Bayon allait vendre sous peu le journal, soit pour d'autres raisons.
Conclusion
Dans l'édition du 13 août 1849, Bayon, propriétaire du Courrier depuis plus de six ans, annonça que « ce numéro termine ma carrière éditoriale ». Il précise que le journal « passe de [ses] mains à celles de MM. T. Théard et Nicomède », insistant qu'il « rentre dans la vie privée ». Dans la décennie à suivre, Le Courrier change plusieurs fois de direction, mais continue toujours à publier des feuilletons littéraires avant de s'éteindre en novembre 1860 (Caulfeild 40). Si, selon Tinker, la durée moyenne d'un journal franco-louisianais était de quatre ans et demi, l'on peut dire que, après 53 ans de publication, Le Courrier faisait partie intégrante de la vie intellectuelle et commerciale de la Nouvelle-Orléans. En outre, ce fut sous la direction de Bayon, surtout dans les années 1843-1844, que le vieux quotidien assuma un rôle important dans la production littéraire de la Louisiane française. Dans beaucoup de cas, il faut avouer la médiocrité de certaines oeuvres ; cependant, nous en découvrons d'autres qui font espérer que toute la littérature louisianaise reverra éventuellement le jour—soit pour un intérêt historique ou sociologique, soit pour ses qualités purement littéraires. Si l'on peut constater que les journaux de la Nouvelle-Orléans et des paroisses environnantes sont, comme William dans Les Mystères des bords du Mississippi, la « mine à exploiter », le Courrier de la Louisiane des années Bayon se révèle—sinon la veine la plus féconde—du moins digne d'une plus profonde mise en examen.