Le Progrès

par Eugène LeBlanc

Le Courrier de la Louisiane
30 déc. 1840 (34, 7574)

Ce texte est présenté dans le cadre du projet: «Feuilletons du Courrier de la Louisiane :1840-1850».
 
 


Le progrès, le progrès, voilà notre croyance
Qui nous fait palpiter d’espoir et de fierté; 
Qu’il est beau dans sa marche, il rayonne, il s’avance
Et nous montre du doigt un ciel de liberté.

Quel est son ennemi? la puissance craintive
D’hommes tous vermoulus, sapeurs peu vertueux
Dont la hache ébréchée, en leur main maladive, 
Cherche en vain à couper ses jets si fructueux.

Le progrès! on le voit toujours la tête haute, 
Verser sur son chemin la poésie en fleur
Pour les pauvres humains qui souffrent par la faute
Des singes au pouvoir dont ils ont vraiment peur.

Il a je ne sais quoi dans son allure austère
Qui révèle à notre âme amour, gloire et repos; 
Son langage brillant éclaircit tout mystère. 
Comme le Christ il porte une croix sur le dos.

Le peuple avec respect devant lui seul s’incline; 
C’est son libérateur à l’il simple, au cur chaud, 
Qui toujours au combat montra large poitrine! 
Pour le progrès le peuple irait à l’échafaud!

Le front du souverain aussitôt s’illumine
Au seul nom du progrès, car il est son salut; 
C’est là qu’il va puiser dans cette riche mine
La force qui bientôt doit le mener au but.

Allons donc, guichetiers de nos prisons malsaines, 
Jetez vos clefs au vent, que vos cachots ouverts
Etalent au soleil les misères humaines, 
La cloche du progrès sonne dans l’univers.

Potences et bourreaux, disparaissez du monde, 
Assez, assez de sang vous devez être las; 
Ecoutez! dans les airs est une voix qui gronde; 
C’est la voix du progrès, ne l’entendez-vous pas?

Notre sang est pour lui, que pour lui seul il coule! 
Place, place au progrès, ministres criminels. 
Le voilà donc enfin qui fait rendre à la foule
Son droit, sa liberté, volés sur leurs autels.

25 déc, Eugène LeBlanc


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