Poésies

Roy Dupuy


DES BUTTES COURBES

Des buttes courbes et prostrées, 
Une masse de chair pâle et moue, 
Blanchie par un soleil brûlant 
Ainsi que des coquilles sur sable.

 Sa forme de soie s‘entasse 
Dans le sable de la plage 
Comme des dunes près de la mer.


À MANSURA

 De belles maisons blanches, décorées de balustrades
De cyprès et de pins ou noyers âgés,
Dominaient les boulevards ombragés
À Mansura, mon village merveilleux
Où j‘ai vécu un jeune homme joyeux.

 Le vieux train à vapeur s‘arrêtait souvent
Pas loin d‘ici les lundis et samedis
Déchargeant son gros lot
De divers végétaux.

 Le moulin à coton délabré et rouillé
Dégorgeait en automne des écorces épluchées
Et crachait des noueux de poussière et détritus
Tout en digérant la fibre neigeuse.

 La petite école où j‘allais jouer ou dormir
Attirait les jeunes du village les dimanches
Où ils s‘amusaient aux jeux de balles
Et se taquinaient entre eux,
Là-bas à Mansura, mon village natal.


IL Y A

Il y a des poissons dans la mer.
(Ils me le disent.)
Il y a des tigres en Bengale.
(Les photos nous assurent.)
Des aigres forçant au ciel.
(Je les vois souvent.)
Et les tourterelles me font pleurer.
(Je les entends.) 


SI TU PASSES À BREAUX BRIDGE

Si tu passes à Breaux Bridge
Le long du Bayou Tèche, 
Si tu viens loin d‘ici
Et prends la route rizière
Tout près de Breaux Bridge, 
Pas loin d‘ici,

 Tu verras une petite maison de cyprès
À une distance du chemin. 
Là-bas, où il y a un bel arbre âgé, 
Un vieux chêne de cent ans
Planté devant la cabane
À côté du Bayou Tèche.

 Tu verras sur place dans une berceuse
Un vieillard tout crispé et de peau blême, 
Âgé dans la misère, 
Qui, une fois passée, était jeune et fort
Ainsi que moi et toi.

 Tu verras un jeune homme d‘autre fois
Pour qui tout l‘avenir se présentait. 
Une amante, une épouse, une belle amie, 
Le contentement des ses amis. 
C‘était pour lui une vie heureuse.

 Maintenant ce vieillard malchanceux
Assis dans sa vieille berceuse
Rêve de jours heureux
Et tout le rend content, 
Le long du Bayou Tèche.


DÉLICES D‘AUTOMNE

Le Dieu d‘août va et vient,
Avec lui passe la triste plainte d‘été.
Trois mois de chaleur passent au vent,
Remplacés par les délices d‘automne:
Un kaléidoscope de couleurs.
Lumières chromatiques en profusion,
Douces et gentilles par tempérament.
Teintes brûlantes en masse confusion,
Les cieux explosent merveilleusement.
Un Ciel azuré, O jalouse Mar!
Des roses, des rouges, des bleus de saphir,
Couleurs prolifiques pointillent l‘espace.
Un sketch gravé en bas relief,
Deligne un chef-d‘uvre en nom de Beauté.
Des scènes séduisantes remplissent le cadre
En images fascinantes.
Une gentille brise balaie l‘horizon.
La lune glacée s‘approche de tout près,
Refroidit la nuit par une subtile lueur.
Le Calme; le Silence; O Sublime Délice!
Soulèvent mon âme en exubérance.
Je succombe enchanté par une douce rêverie
Aux éléments de Nature 
À la tombée de la nuit.


L‘AILE D‘UN PAPILLON

Des veines fascinantes
De teintes d‘indigo
Sur l‘aile d‘un papillon.


MONSIEUR STANISLAS

Monsieur Stanislas,
Grec,
Je crois.
Peut-être pas.
Il parlait si beaucoup
De langues étrangères
Je ne pouvais dire
S‘il était vraiment grec.
Ou français, peut-être.
Un homme de grande sagesse
Et de rêves fantasques,
Il était, sans doute,
Grec,
Monsieur Stanislas.


UNE FORME

Deux cercles et des flèches,
Deux barres pareilles,
La forme d‘une bicyclette.


UN ANGE DESCENDU

 Tu es entré dans mon cur,
Sensible et silencieux,
Comme un ange descendu
Dans un rêve éperdu.

 Un sphinx mystérieux
Règne sur mon cur
Rempli d‘amour et de peur
Ainsi qu‘un glorieux dieu.

 Je souffre, O cruel amant
Sans piété humaine!
Je suis au désespoir
Par l‘amour de toi.


RÉSOLU

 Deux mecs à un zinc,
Habillés à la manière,
Se sentant de bonne humeur
Tombèrent parterre,
En se réjouissant dans leur vin.


IMAGE D‘UN DERRIÈRE

Son derrière parterre
Aplati comme un pneu
Gonflé à la couture.


À L‘ARRÊT DE BUS

Un sourire subtil, 
Des yeux furtifs
Qui tournent la tête
À l‘arrêt où je suis. 
Mon cur hésite, 
Mes genoux faiblissent. 
Tu me donnes un sourire
Et captures ma flamme, 
(Je suis trop timide) 
À arrêt de bus. 
Je tremble de faiblesse
À ta voix séduisante. 
Je deviens ton esclave
À l‘arrêt de bus.


UN ÊTRE ÉPHÉMÈRE

D‘un bayou du marais
Se lève une brume argentine, 
Flottant légèrement
Au-dessus du marécage.

 Haleine efforcée, 
Ce fantôme mystérieux
Darde ici et delà
Comme un chien de berger, 
Pour rassembler ses brebis.

 Dans l‘air du brouillard
Un être éphémère
Prend la forme d‘un homme, 
Né de brume et de roche.

 Bientôt disparu
Dans le soleil de midi
La mort vient 
D‘une manière naturelle.


DANS LE BAR TIBODAUX

Dans le Bar Tibodaux je buvais une douce bière.
Des cajuns du quartier leur musique j‘écoutais.
Leurs anciens accordéons pleuraient de tristes airs.

 Mon ami est entré, son fusil tout chargé
Pour aller à la chasse de chevreuils et de pies
Au Bayou des Grandes Cannes du lointain marais.

 Je lui offre une bière comme un ami le fait.
Un sourire il me donne sur un visage mystique,
Sans réponse, sans regard, il s‘est mis à pleurer.

 "Pourquoi pleures-tu, mon cher Célestin?
Chevreuils t‘attendent ainsi que lapins,
Amis et amantes te souhaitent bonne chasse.

 Toi, béni de Dieu de toutes les bonnes chances :
De bonté, de l‘amour, d‘une beauté si parfaite,
Tu possèdes de tous les charmes de face."

 "Je pleure, cher ami, parce qu‘elle m‘a quitté.
Quitté ce bon jour pour aller chez lui.
Espoir et courage je n‘en ai ni."

 Il a bu sa douce bière, écoutant les violons
Des cajuns du quartier, leurs anciens accordéons,
Dit merci à tous, est sorti en tristesse.

 On l‘a trouvé un bon jour, tombé dans une mare,
Marqué par la mort sur son visage mystique,
Un amour refusé de sa douce maîtresse.

 Adieu cher Célestin, on t‘a tous bien aimé,
Ton sourire, ton esprit si effervescent,
On est tous bien heureux en te connaissant.


À JEAN GENET

 HOMMAGE À UNE GARDE SS

O Beauté si blonde!
Aux yeux d‘azur,
Le menton sculpté
Sur larges épaules.
Poitrine virile,
Les bras de fer
O beau Torse de désir!
Fesses dures,
Si firmes les cuisses,
Amant idéal ce jeune garde SS,
Apollo ardent orné en noir.

 Prends-moi dans tes bras.
Baise-moi de tes lèvres brûlantes.
Fonds mon cur gonflé de désir.
Affaiblis la tension de mon corps.
Par l‘intensité ardente de ta sensualité
Modèle ma forme limpide
Dans tes mains de cuir.

 O douce garde SS!
Si gentille et raffinée.
Prends-moi pour tes plaisirs désirés.


À SIENNE EN ITALIE

Les joies du hameau:
La chaleur,
L`été, la cigale,
Le jour des drapeaux
À Sienne en Italie. 

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