LES ÉPAVES

par un Louisianais

Paris.—Hector Bossange
Nouvelle–Orléans.—Lelièvre
1847


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Troisième Page

LE PRÉSIDENT(27)

 air: Vivent les braves Montagnards

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.
Ce n’est pas assez de huit ans,
Il faut prolonger plus longtemps
Son règne, règne, règne, règne.

 Refrain.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Croyez-moi, ne prenons jamais
Un guerrier qui bat les Anglais,
Pour gouverner la république.
Gardons toujours pour président,
Ce bon monsieur Quincy Adam
Dont l’humeur est si pacifique.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Quand Cochran lança ses marins,
Et Packenham ses fantassins,
Sur notre rivage aquatique,
Bientôt Jackson, dans nos sillons,
Fit enterrer leurs bataillons,
Cela n’est pas très britannique.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Oui sous ce petit souverain,
Très philanthropique et très humain,
Les ministres seront intègres,
La liberté….ne craindra rien:
Même on dit qu’il fera si bien
Qu’il affranchira jusqu’aux****.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Défiez-vous de ce Jackson;
Ainsi que le grand Washington,
Il a fait plus d’une sottise.
Des plus pacifiques États
On voit souvent par ces soldats
La tranquillité compromise.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Jumonville est décapité(28)
Au fort de la nécessité;
Certes, c’était peu nécessaire.
A Pensacola, Jackson va
Faire emprisonner Callava!
Voyez encore la belle affaire!

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Pour l’affaire de Washington,
Louis n’entendit pas raison,
Et fit la guerre à l’Angleterre.
Pour l’autre affaire, heureusement,
Père Cyrelle à Ferdinand
Avait défendu la colère!

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Pour observer le firmament,
Adam, par un beau monument,
Rendra sa mémoire immortelle.
Sur cette nouvelle Babel,
On le verra, nouvel Herschel,
Prédire la lune nouvelle.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Quand, suivi de toute sa cour,
Adam grimpera sur sa tour,
Il nous dira: Dieu vous bénisse
Et puis son almanach en main,
Il fixera le jour certain
De l’équinoxe et du solstice.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Alors les instruments qui sont,
Dans un coin, depuis Jefferson,
Entre ses mains feront merveille.
Chaque nuit il observera,
Et chaque jour il nous dira
Quel temps il aura fait la veille.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Avec ces deux yeux seulement,
Cet astronome clairvoyant
Du ciel déjà perce les voiles;
Mais aidé d’un bon instrument,
En plein midi, certainement,
Il nous fera voir des étoiles.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Venez à nous: quoique un peu tard
Vous aurez encore bonne part
Et ne perdez pas votre peine.
Il ne faut ni esprit, ni talent,
Avec nous hurlez seulement:
Mais hurlez à perte d’haleine.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Les écrivains qui sont rétifs
N’auront pas d’emplois lucratifs;
L’Argus me l’a dit à l’oreille.
On en fit prévenir à temps
Certains journalistes prudents,
Et le rédacteur de l’Abeille.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 Vous verrez que tout ira bien,
Si chacun met un peu du sien
Pour mener à bien cette affaire.
Pour moi, voici ma portion;
Pour lui j’ai fait cette chanson,
Et c’est tout ce que je puis faire.

 Règne à jamais monsieur Adam,
Notre bien aimé président;
Qu’il règne, règne, règne, règne.

 A L’HERMITE D’IBERVILLE

 Révérend père ermite, en ce jour, devant vous,
Le front humilié, je tombe à vos genoux,
Mais suivons de Saint Paul le conseil salutaire,
Et l’un à l’autre, ici, confessons-nous, mon père.
Je sais qu’en ces écrits où je me baptisais
D’un nom italien, ou d’un nom écossais,
Sans guide m’écartant des routes ordinaires,
Je tombai quelquefois dans de larges ornières;
Et que rempli d’orgueil, on m’a vu dédaigner
De suivre le chemin qu’on voulait m’enseigner;
Mais il faut vous l’apprendre, ici, par parenthèse;
(Cet axiome est sûr, plus pue votre hypothèse),
Je crois que le rhéteur et le logicien
Qui dirigent vos pas, ne vous guident pas bien,
Et que votre lumière, en passant par un prisme,
N’a pas même l’éclat du moins brillant sophisme:
Ainsi donc reprenez le chemin fréquenté,
Si le ciel vous en laisse encor la liberté.
Pour moi, tel est l’excès de mon orgueil extrême,
Qu’en donnant des conseils je n’en prends pas moi-même,
Et que sur le sommet, aux Muses consacré,
Sans peine et sans terreur, je me trouve égaré.
Là, selon que Vénus, ou qu’Apollon m’inspire,
A l’ombre des forêts je chante ou je soupire;
Et j’aime mieux encor, quand je suis monté là,
Cueillir quelques lauriers pour le front d’Atala,
Que d’aller, pour rimer, la traîner en carrosse,
M’embourber, comme vous, sur la route d’Écosse.
Oui, je reste au Parnasse; et c’est de sa hauteur,
Que je vois à son pied ramper un faible auteur.
Vainement, pour gravir au séjour d’Uranie,
Aux règles d’Aristote il soumet son génie;
L’œil hagard, et les bras tendus vers Apollon,
Il reste, haletant, au bas du double mont.
Heureux, si revenu d’un funeste délire,
Il reprend le râteau qu’il quitta pour la lyre;
Et fuyant de Phébus les doctes étendards,
Sur un champ moins aride il porte ses regards,
Et laisse des travaux peu faits pour sa nature;
Mais sur l’écueil témoin de sa mésaventure,
Élevé par ses soins, puisse un brillant fanal
Préserver ses pareils d’un naufrage fatal.
Qu’un travail plus utile occupe son génie,
Et consacrant son temps à la géographie,
Qu’il trace la limite où finissent les mers,
Et qu’il ne vienne plus, en planant dans les airs,
Nous rappeler du haut d’une nue éclatante,
Le malheureux Icare, et sa course imprudente;
Mais qu’il reste si bas, que jamais les brouillards
Ne puissent dérober la terre à ses regards.
La même ambition vous séduit et vous charme,
Et pourra vous coûter, frère, plus d’une larme.
Mais puisse votre cœur, épris de ces erreurs,
Les expier au moins en versant quelques pleurs.
Moi, suivant vos conseils, errant dans l’Élysée,
Je hume à chaque pas les fleurs de l’Odyssée;
Et je laisse la menthe, au duvet argenté,
Pour cueillir la pensée au tissu velouté,
Le jasmin odorant, à pétale dorée;
Et vos convolvulus à corolle azurée;
Mais, avec soin, pour vous je laisse tous les lis,
Le pavot somnifère, et les tristes soucis.
Là, si mon tendre amour, embrassant ma maîtresse,
Dans le cœur le plus froid faisait naître l’ivresse,
Cette Niobé même, en se laissant toucher,
Prouverait que je puis attendre un rocher;
Et que j’en sais autant que vous votre statuaire,
Qui fait vivre l’ivoire, et fait mouvoir la pierre.
Ce n’est point au Thibet que l’illustre Jason,
Cher ermite, a conquis sa première toison;
Mais, là, pour retenir une langue indiscrète,
Il mit dans ses gâteaux, non du miel de l’Hymette;
Mais un suc bien plus doux, que par un art nouveau,
Ce héros sut tirer des veines d’un roseau.
C’est avec cet appât, qu’en sa grotte écartée,
Votre grand Ménélas eût attrapé Protée!
Ah! que ne puis-je, hélas! vous apaiser aussi
Avec quelques gâteaux pétris pas Matossi.
Mais je déploie en vain toute mon éloquence:
Vous êtes sans pitié, comme sans indulgence,
Et Brutus littéraire, en fier républicain,
Vous maintenez les droits d’un sévère écrivain;
Avec vous c’est en vain que changeant de langage,
Je fais de vos talents un pompeux étalage:
La louange qui fut fatale à tant de rois,
Près de vous n’ose pas faire entendre sa voix.
Aussi, je le veux bien, résistant à la mode,
Restez toujours fidèle à votre antique code.
De vous séduire, hélas! je tenterais en vain:
Le plus habile Grec y perdrait son latin.

 

 LE MESSAGE

 Washington, 4 décembre 1827

 Récitatif d’Armide

 Citoyens du Sénat, citoyens de la Chambre,
Depuis qu’accomplissant l’ordre exact des saisons,
Le soleil en logeant dans ses douze maisons,
Vient enfin ramener les frimas de décembre,
Je vous vois avec lui tous revenus ici,
Bien gros, bien gras, bien dispos, Dieu merci.
Quant à moi, durant votre absence,
Hormis quelque petit souci
Pour la future présidence,
Citoyens, j’ai toujours, grâce à la Providence,
Joui d’un bon sommeil et d’un bon appétit.

 Air: Les maris ont tort.

 Quant à notre heureuse patrie,
Vous le savez, elle est en paix;
Nos citoyens passent leur vie
À boire dans les cabarets.
Désormais chez nous plus de guerres;
Et je dois vous dire, entre nous,
Que l’agneau si craintif naguères
Dort à présent avec les loups.

 Air: De Calpigi.

 Suivant toutes les apparences,
Grâce aux progrès des connaissances,
Les hommes devenus meilleurs
Vont voir finir tous leurs malheurs. (bis)
Les maux qui désolent la terre,
La faim, la fièvre avec la guerre
Vont disparaître avant longtemps:
Quand les poules auront des dents.

 Récitatif

 Après quatorze ans de délais,
Nous tenons l’argent des Anglais:
Que ce roi George est un grand homme!
Pour moi, je n’aurais pas voulu
Donner même un petit écu
De l’intérêt, et de la somme;
Que ce roi George est un grand homme!

 Air: La Béquille de Barnaba.

 Pour les relations
Avec ses colonies,
Nos contestations
Sont loin d’être finies.
Quand finira cela?
Je ne sais, je vous jure;
Pourtant je vous assure
Que cela finira.

 Air: Du Parlement.

 Le roi de France est un peu long
À nous rembourser nos dommages;
Pourtant, de feu Napoléon,
Il tient d’assez beaux héritages;
Mais pour lui reparler d’argent,
L’instant sera plus favorable,
Lorsque le nouveau parlement
Enverra son ministre au diable.

 Air : À faire.

 Le grand empereur Alexandre
Au tombeau s’est laissé descendre,
Quand il était en train
De se mettre en chemin
Pour tout réduire en cendre.
Ce capitaine qui ne put
En cinq ans traverser le Pruth,
A su passer un peu plus vite
Le fameux fleuve le Cocyte;
Laissant cinq cent mille soldats
La larme à l’œil et l’arme au bras.
Son successeur est un autre grand homme;
Et vous n’ignorez pas
Qu’il se nomme
Nicolas!

 Air: Du Couvent.

 De nos frères du Sud ici vantant la gloire,
De leur guerrière ardeur, de leurs faits éclatants
J’aurais voulu vous faire une brillante histoire;
Mais tout a disparu devant ces conquérants,
Et le combat finit faute de combattants.

 Air: Fournissez un canal au ruisseau.

 À peine le roi du Brésil
Eût-il voulu bloquer ses côtes,
Que mon consul, homme subtil,
Lui dit, dans des petites notes:
Sire, vous ne bloquerez pas;
Vous n’avez pas assez de barques;
Mais le prince, de ses remarques
Ne fit pas alors très grand cas.

 Air: Vaudeville des deux ermites.

 Alors notre fier diplomate
Dans un vaisseau s’est emballé;
Et l’empereur s’en est allé
Vers la rivière de la Plate;
Mais ce prince n’est pas méchant:
Après quelques petites ruses,
Il a payé les frais comptants,
Et m’a fait faire des excuses.
Air: C’était Renaud de Montauban

 Depuis longtemps la paix répand
Ses bienfaits sur toute la terre,
Quelques nations seulement
Par-ci par-là se font la guerre.
Mais, comme disait mon papa,
Le malheur d’autrui n’est que songe;
Que pour nous la paix se prolonge,
Et laissons battre ces gens-là.

 Air: On compterait des diamants.

 Dans la Perse, le pauvre Sha
Est sabré par le Moscovite;
Et la Grèce par un Pacha
Est sur le point d’être détruite;
Et ces philanthropes chrétiens,
Ces braves Anglais, dans les Indes,
Égorgent ces pauvres Indiens
Tout comme on égorge des dindes.

 Air: Jeunes amans, cueillez des fleurs.

 Le roi de France sans danger,
De sa hauteur veut bien descendre;
Et pour punir le dey d’Alger,
Va réduire sa ville en cendre.
Les braves Lusitaniens
Sont en querelle avec l’Espagne;
Et deux rois agacent les chiens:
Celui de France et de Bretagne.

 Air: Au sein d’une fleur tour à tour.

 On assure que les Chinois
Sont en guerre avec les Tartars;
Et qu’ils se livrent quelquefois
Quelques petits combats barbares.
En Afrique cent petits rois
Se font une cruelle guerre;
Mais à tout cela près, je crois
Que la paix règne sur terre.

 Air: Vaudeville des chasseurs.

 Chez nous quelques peuples sauvages
Vers l’occident ont fait du train;
Mais, grâces à mes mesures sages,
Ils ont mis de l’eau dans leur vin.
Pour effrayer ces téméraires
J’ai fait semblant d’être fâché;
Mais les malheureux ont péché!
Et nous confisquerons leurs terres.

 Récitatif.

 Citoyens, respirons un moment;
Mais à présent que vous dirais-je?
De vous ennuyer savamment,
Avec des discours de collège,
J’ai l’honorable privilège:
C’est là mon seul amusement;
Permettez-moi d’en user largement:
De tous les travaux de ma place,
Ces petits plaisirs innocents
Et mes petits émoluments,
Voilà tout ce qui me délasse.

 Air: Du froid avec courage.

 Puisqu’ici je dois croire
Mes discours superflus,
De mon observatoire
Je ne parlerai plus;
Mais c’est chose cruelle
De voir ainsi déçu
Projet qu’en ma cervelle
J’avais si bien conçu.

 Air: La comédie est un miroir.

 Puisque vous devez tout savoir,
Parlons un peu de la finance:
D’ailleurs, c’est le premier devoir
Que m’impose la présidence.
Mais, en vous parlant du trésor,
Mon discours sur vous fait merveilles:
Car tout homme qui parle d’or
Fait toujours ouvrir les oreilles.

 Air: En deux moitiés, dit-on, le sort.

 Ainsi que je l’avais prévu,
Nous faisons de bonnes recettes;
Et nous payons du superflu
Une portion de nos dettes.
Je vous soumets douze beaux plans
Pour faire des routes nouvelles;
Mais qu’on me donne encore quatre ans,
Je vous en ferai voir de belles.

 Air: D’une abeille toujours chérie.

 Nos ressources pécuniaires
Présentent pour brillants tableaux,
Plusieurs millions acres de terres
Volés à nos États nouveaux.
Et puis par des marchés très sages,
En donnant quelques picaillons,
Nous avons acquis des sauvages
De quoi produire des millions.

 Air: J’étais bon chasseur autrefois.

 La poste va le grand galop
Jusqu’auprès de chaque cantine;
Le postillon boit son coup…d’eau,
Et les chevaux prennent racine;
Mais le service est très exact,
Surtout depuis ma présidence;
Quoique parfois on prenne au sac
L’argent et la correspondance.

 Air: La pipe de tabac.

 Ici, que vous dirai-je encore
Du grand objet de vos travaux?
La session qui vient d’éclore
Va porter les fruits les plus beaux.
En attendant, je vous convie
A souper ce soir sans façon;
La table sera bien servie
Et, morbleu, nous boirons du bon.

 Pour copie conforme,
***.

 

 UNE ÉLECTION

 Dialogue entre A, B, C.

 Tu triomphes, enfin, et grâces à nos intrigues
Tu rempliras encor la place que tu brigues.
Tes concurrents honteux, après un vain combat,
Vont laisser dans tes mains les rênes de l’État.
Les vœux de tes élus en tous lieux me secondent,
Et les meneurs du peuple à nos désirs répondent.
Un seul rival te reste, et ses fiers partisans
Font pour le soutenir des efforts impuissants.
Encore quelques jours, et ton destin prospère
Confondra sans retour tout le parti contraire.
Ce rang qui m’est si cher, j’en ai le doux espoir,
A votre zèle ardent je vais donc le devoir;
Et mon cœur satisfait de tant de complaisance,
Ne mettra plus de borne à ma reconnaissance.
Annoncez de ma part à tous mes partisans
Une charge solide ou de partis brillants.
Les moindres citoyens nous seront nécessaires;
Ménagez, s’il le faut, jusqu’aux prolétaires;
Et quand vous rencontrez des esprits trop rétifs
D’avance promettez les emplois lucratifs.
Ce moyen est certain, j’en ai plus d’une preuve:
Il n’est pas de cœur qui soit à cette épreuve.

 A.

 Ainsi, tu penses donc, dans ton aveugle erreur,
Qu’il n’est plus en ces lieux de sentiments d’honneur;
Et que d’un vain emploi l’orgueilleuse manie
Etouffera chez nous l’amour de la patrie!
A ce hideux portrait, non, non, je ne saurais
De mes concitoyens reconnaître les traits.
Il est des cœurs sans tache, il est de nobles âmes
Que l’amour de l’État brûle encor de ses flammes;
Et parmi les trésors à ces lieux réservés
Sont des germes d’honneur avec soin conservés.
Entre les citoyens de cet heureux rivage
On peut trouver encore un homme juste et sage.
Ne trompons pas l’espoir d’un peuple libéral:
Au bonheur avec lui marchons d’un pas égal;
Et lorsque nous voyons en ce jour l’Amérique
Nous confier le soin de notre république,
Indignes de jouir de nos brillants destins,
Mettrons-nous notre sort en d’étrangères mais?

 C.

 Quoi donc l’Américain, si l’on veut bien t’entendre,
Étranger dans ces lieux à rien ne peut prétendre!
Et tu voudrais des lois sapant le fondement,
Faire de chaque État un peuple différent!
Abjure cette erreur à l’union fatale,
Affreuse en politique, et funeste en moral.

 A.

 Loin de nous, loin de moi toute distinction
Entre les fédérés de l’heureuse Union.
Je sais que l’habitant de la Pennsylvanie
Est citoyen ici comme à Philadelphie;
Et plût aux dieux encore qu’on ne nous vît jamais
Sous nos antiques noms d’Anglais ou de Français,
Tout à tour protégeant la France ou l’Angleterre,
Joindre à nos intérêts ceux de l’autre hémisphère!
Quoique frères, pourtant, nous avons entre nous
De semblables rapports; mais non les mêmes goûts.
Sans rompre les liens d’une union si chère,
Chaque État peut garder son propre caractère.
Tel d’un arbre greffé de vingt fruits différents
S’unissent sur un tronc les rameaux verdoyants.
Chaque branche a, nourrie à la tige commune,
Un différent feuillage, et la même fortune.
Mais parlons sans détour, réponds avec candeur:
Le Kentucky chez nous prend-il son gouverneur?
Et le cultivateur des champs de Virginie,
Va-t-il donc quelquefois, dans sa folle manie,
D’daignant les trésors de son propre climat,
Chercher au Maryland son premier magistrat?
Laisse donc ce pays se gouverner lui-même
Et cesse d’aspirer à la place suprême.

 C.

 Ceux qu’on veut m’opposer pour tenir le timon,
Ont, je crois, des vertus, du sens, de la raison;
Mais, ces hommes, dis-moi, ont-ils cette science
Que donne d’un emploi la longue expérience?

 A.

 Des faux pas que tu fis ils sauront profiter
En regardant ta trace et sachant l’éviter.

 B.

 Se tromper quelquefois, tel est le sort de l’homme.
Mais du peuple breton ignorant l’idiome,
Comment, s’il est Français, le premier magistrat
Recevra-t-il du chef les secrets de l’État?

 A.

 Quoi donc! abandonnant les façons de nos pères,
Prendrons-nous une langue et des mœurs étrangères!
Et l’aigle, notre emblème et le roi des oiseaux,
Veut-il que Philomèle imite les corbeaux,
Non, il comprend assez, sans avoir d’interprètes,
Les accents du moqueur, les plaintes des fauvettes.

 C.

 Mais l’heureux candidat qu’avec feu tu défends,
Dans l’art de gouverner a-t-il quelques talents?
A l’étude des lois consacra-t-il sa vie,
Et reçut-il du ciel le flambeau du génie?

 A.

 L’occasion fait naître un talent imprévu;
Et sans elle, autrefois, peut-être on aurait vu
Notre grand Washington, soldat sans renommée,
Ramper obscurément dans les rangs de l’armée.

 B.

 Ami, tiens, laissons-là d’inutiles discours;
Pour arriver aux buts nos moyens sont plus courts.
En effet, penses-tu qu’une tourbe ignorante,
Sensible à tes raisons, trahira notre attente?
Avant que le sort juge entre les candidats,
Laisse les intérêts de ce peuple d’ingrats;
Ou, du moins, reste neutre, et viens par ton silence
Mériter les faveurs de la reconnaissance.

 A.

 Loin d’un cœur insensible à la séduction
Porte le souffle impur de la corruption.
Va, de quelque côté que penche la balance,
On ne me verra pas, reçois-en l’assurance,
Marchandant les faveurs des différents partis,
Vendre ma conscience, et trahir mon pays.
 
 

A MADAME B. DE N.Y. 

EN LUI ENVOYANT LES œUVRES DE C. DE LAVIGNE.

 Dans son délire poétique
On dit que le grand Apollon
Veut unir le pampre bachique
Aux lauriers qui ceignent son front.
Le dieu des beaux-arts se résigne
À devenir un vigneron,
Et sur le sommet d’Hélicon
En triomphant il porte la vigne.

 Avec une liqueur traîtresse
Bacchus trouble notre raison;
Mais une plus aimable ivresse
Est produite par Apollon.
De notre culte qu’il est digne
Le dieu dont le pouvoir divin
Nous enivre, à défaut de vin,
Avec les feuilles de la vigne!

 L’amour seul a plus de puissance
Sur le cœur des faibles humains;
Et pour combler notre démence,
Ce dieu mit ses traits dans tes mains;
Mais, hélas! ô beauté maligne,
Le délire par toi produit
Ne passe pas comme celui
Que produit le dieu de la vigne!
 
 

STANCES. 

Au général mexicain don J. Pablo de Anaya.

 Jeune guerrier, l’espoir de ton pays,
Toi, dont le cœur généreux, héroïque
Voit sans trembler, parmi ses ennemis,
Tous les suppôts du pouvoir despotique,
Brave Anaya, si ton bras valeureux
De ses tyrans a vengé ta patrie,
Tes traits vainqueurs, tes écrits lumineux
Font expirer le serpent de l’envie.

 En vain, ce monstre, échauffé dans ton sein,
Dresse la tête et siffle avec furie;
Laisse couler tout l’impuissant venin
Et de l’astuce et de la perfidie;
Bientôt, bientôt la victime aux abois
Mourra des coups dont ta main l’a frappée;
Ou gardera pour le glaive des lois,
Un sang trop vil pour rougir ton épée.

 Ainsi, ce fleuve, entre ses flots d’azur,
Donne retraite à maint hideux reptile
Qu’on voit souiller par son venin impur
Le sein des eaux qui lui servent d’asile;
Mais ce poison rejeté par les flots,
Se convertit en écumes immondes;
Et tout l’effort de ces vils animaux
N’arrête pas la course de ses ondes.

 Pendant le cours de tes nobles travaux,
Vois s’agiter la haine et la sottise:
Vois s’applaudir de leurs lâches complots
Ces protecteurs d’un roi qui les méprise.
Va, ne crains rien de ces faibles mortels;
La liberté régnant dans vos provinces
Verra bientôt fumer sur ses autels
Le même encens qu’ils brûlaient pour leurs princes!

 

 PHÈDRE. 

Épître à madame Cholet,

 Actrice au Théâtre Français de la Nouvelle-Orléans.

 Moi, dont la voix flexible a chanté tour à tour
Les deux Vénus, le Lit, la Paresse et l’Amour,
Je m’approche aujourd’hui de la tragique arène,
Et Melpomène en pleurs vers son temple m’entraîne.
Mon luth va préluder à de nouveaux concerts;
Et c’est à toi, Cholet, que j’adresse mes vers.

 Quand, nourrice de Phèdre et les yeux pleins de larmes,
Tu parais sur la scène, en calmant ses alarmes,
Ciel! avec quel plaisir je me rappelle encor
L’amante de Pyrrhus et la veuve d’Hector?
Bientôt j’entends les sons de cette voix magique
Qui s’élève avec art à la hauteur tragique.
Ah! quel mortel alors, assez maudit des cieux
Sans trouble écouterait tes accents gracieux;
Soit que ta voix profère une plainte touchante,
Ou que son noble éclat répande l’épouvante!

 Surpris, j’ai cru d’abord que tes charmes puissants,
En fascinant ma vue, avaient trompé mes sens;
Longtemps pour te louer je voulus d’autres preuves;
Mais ton art triompha de toutes les épreuves.

 Aussi, dût, en ce jour, un rigide censeur
M’accuser, à son gré, d’injustice ou d’erreur,
Je veux, à tous les yeux, en dépit de l’envie,
Te payer le tribut que l’on doit au génie;
Et sur la scène enfin te plaçant à ton rang,
Ramener à tes pieds le parterre inconstant,
Malgré tous les efforts d’une folle cabale,
Et les vains jugements de la loge infernale.
Mais j’entends, à ces mots, tes faibles ennemis
Bourdonner au parterre, un essaim réunis.
Ils tremblent pour leurs dieux: dissipons leurs alarmes:
La vengeance, Cholet, pour toi n’a pas de charmes;
Et tu ne connais pas l’insupportable ennui
Que causent les succès et la gloire d’autrui.
L’envie et ses serpents ne rangent pas ton âme:
Une plus noble ardeur la dévore et l’enflamme.
Dans un temple rival, des nuages d’encens
Offusquent tous les jours tes zélés partisans;
Mais s’ils voulaient, troublant de pieux exercices,
Renverser les autels, souiller les sacrifices,
On te verrait toi-même, arrêtant leurs fureurs,
Protéger et l’idole, et ses adorateurs.

 Que j’admire dans toi cette aimable indulgence,
Le plus noble attribut de la divine essence!
Que j’aime ta douceur et tes soins généreux,
Quand de Phèdre plaignant le délire amoureux,
Nourrice complaisante, en l’excès de ton zèle,
Tu nourris une ardeur tant soit peu criminelle;
Et ne viens pas, soumise à de sévères lois,
Réduire au désespoir une amante aux abois!
Mais avec quelle adresse, avec quelle éloquence,
En ranimant sa vie avec son espérance,
Tu fais voir que chez elle, un coupable transport
Est l’ouvrage des dieux, et le crime du sort;
Et flattant un amour, qu’hélas! tu désapprouves,
Tendre et fidèle amie, avec quel art tu prouves
Que ces mots de pudeur, de vertu, sont très beaux;
Mais qu’enfin le trépas est le plus grand des maux:
Que le cœur doit céder au tyran qui l’opprime;
Et qu’aimer son beau-fils n’est pas un si grand crime!

 Je sais qu’un docteur, trop prompte à s’alarmer,
De ta morale, ici, pourrait bien te blâmer;
Mais quelle femme, alors, comme Phèdre séduite,
Eût évité les traits du superbe Hippolyte?
Ah! l’on ne savait pas, comme on sait en ce jour,
Vaincre par le travail un invincible amour;
Et sans avoir recours aux sorts, aux maléfices,
Déjouant de ce dieu les malins artifices,
Dompter un cœur rebelle, en fatiguant le corps,
Comme un coursier fougueux que l’on soumet au mors:
Chasser de doux pensers, en ornant sa mémoire
Des faits de ses aïeux, consignés dans l’histoire;
Ou bien, l’aiguille en main, par des soins assidus
Fixant l’émail des fleurs sur de brillants tissus,
Broder, comme faisait une reine d’Ithaque,
En attendant Ulysse et son fils Télémaque.

 C’est ainsi, qu’appliquée à des travaux divers,
Cholet, du petit dieu qui régit l’univers,
On te voit, défiant les traits et la puissance,
Conserver de ton cœur la froide indifférence.
C’est en vain, chaque jour, que mille amants nouveaux,
Contre toi conjurés, dérangent tes travaux.
Bientôt ta main rompant le fil de ta couture,
Ton aiguille à leurs maux ajoute une blessure;
Et chassant ces frelons qui font tes seuls ennuis,
Tu passes d’heureux jours et de tranquilles nuits.

 Je tirais sur ton lit les voiles du mystère;
Et te laissant, Cholet,au fond du sanctuaire,
J’allais chanter encor, quand je sens à la fois
Se détendre ma lyre, et s’éteindre ma voix;
J’allais chanter Chéret, si vive et si légère,
Et toi, surtout, et toi, trop modeste Notaire,
Prodige de candeur, de grâce et de beauté,
Que notre aveuglement tient dans l’obscurité.
J’aurais chanté Varnet, qui sans effort allie
Le fer de Melpomène aux grelots de Thalie;
Et Chéret, ce géant, qu’à lui seul on verra
Supporter le fardeau de tous nos opéras:
Ce Tabary si sage, et qui de la nature
Nous présente toujours la fidèle peinture:
Pauline, dont l’accent touchant et langoureux
Fit couler si souvent des larmes de nos yeux:
L’inflexible Marchand, pour lequel on mesure
D’une inflexible main l’éloge et la censure;
Et l’aimable Leblanc, et le joyeux Closel,
Et Paradol enfin, cet homme universel.

 Et toi, qu’un Écossais qu’enflamma ton génie,
Sut immortaliser par sa prose fleurie,
Pardon, belle Closel, si j’ai pu t’oublier;
Ma main novice, hélas! ne saurait délier
Le cothurne charmant que ton joli pied chausse;
Et je n’ose chasser sur les terres d’Écosse.

 A…..

 Si la beauté, l’esprit, les grâces, la fraîcheur
Pouvaient chez les humains donner le rang suprême,
Oui, sans doute, bientôt un brillant diadème
Ceindrait ton front charmant, siège de la candeur;
Mais le destin peut seul donner une couronne;
Et ton amant, hélas! ne peut t’offrir un trône;
Mais…, pour être une divinité, …….
Comme il ne te faut plus que l’immortalité,
Je te le donne.

 

 L’IMMORTALITÉ
Élégie à…

 Il est vrai! tu pars, ma chère…….
Libre, enfin, ton vaisseau mugit et se dégage
Du dernier des liens qui l’attache au rivage.
Pour te revoir, hélas! je vole; mais déjà 
Sous ton char enflammé qui roule sur les ondes,
Je vois blanchir au loin les flots tumultueux
De ce Mississippi qui, superbe, à tes yeux
Déroule les trésors de ses rives fécondés.
Longtemps de mon coursier qui devance les vents,
D’un fer cruel en vain je déchire les flancs;
Et lassé de poursuivre une vaine carrière,
Ma main longtemps agite une blanche bannière
Pour fixer tes regards errants.

 Quoi donc! un dieu touché de mes tourments,
Ne viendra-t-il, disais-je, en ma douleur extrême,
Arrêter, pour quelques instants,
Ce vaisseau qui ravit, hélas! tout ce que j’aime!

 Mais tous les fils d’Éole, et le nombreux essaim
Des tritons qu’Amphytrite enferme dans son sein;
Le dieu des mers sortant de son manoir humide,
Armé du terrible trident,
Ne pourrait retarder, dans sa course rapide,
Ton navire vainqueur du liquide élément;
Et déjà la vapeur dans les airs répandue,
Au loin avec le ciel à mes yeux se confond,
Et vient te cacher à ma vue
Sous un nuage épais qui noircit l’horizon.

 Longtemps, hélas! sur la vaste étendue,
Longtemps après t’avoir perdue,
Mes regards te cherchaient encor;
Et dans un douloureux transport,
Longtemps, longtemps ma voix plaintive et tendre
T’adressa des adieux que tu ne pus entendre!
Mais quand, triste et pensif, je laisse enfin ces lieux,
Cent mobiles tableaux viennent charmer tes yeux.
Ici, tu vois des noirs les modestes asiles;
Là, des châteaux, fiers de leurs péristyles,
Dominent d’un air orgueilleux,
Sur ces champs vastes et fertiles,
Où croissent ces roseaux dont le jus précieux
Surpasse le nectar dont s’abreuvent les dieux.
Plus loin, tu vois la tige florissante
Du cotonnier, au feuillage si vert,
Qui vient, longtemps avant l’hiver,
Blanchir nos champs de sa neige éclatante.
Ici, dans d’immenses vergers
Mûrissent des fruits sans culture,
Là, dans la plaine, à l’aventure,
Errent des troupeaux sans bergers.

 Jadis, sur ces heureux rivages,
Paisiblement, dans leurs humbles hameaux,
Vivaient ces familles si sages
Que notre orgueil nomma sauvages.
Non loin, d’innombrables troupeaux
Sans crainte bondissaient dans d’épais pâturages;
Et jamais un tube assassin,
Portant la foudre dans son sein,
N’avait de la forêt immense
Interrompu la paix ni troublé le silence.
Mais ces peuples heureux, que sont-ils devenus?
Ah! si la muse de l’histoire
Ne nous avait transmis la gloire,
Jamais, orgueilleuse cité,
Non, jamais la postérité
N’aurait conservé ta mémoire;
Et de nos jours, l’Arabe vagabonde
Qui tente sur ton territoire,
Ne pourrait nous dire ton nom.

 Oui, sans doute, malgré tout l’orgueil de sa race,
Lui-même, sans Homère et ses divins écrits,
Le généreux fils de Thétis,
En vain par sa bouillante audace,
Mille fois d’Ilion eût fait trembler les murs:
Inconnu, dans la tombe on l’aurait vu descendre,
Semblable à ces guerriers obscurs
Qui gisent sans renom sur les bords du Scamandre.

 Sans ce poète encore, hélas! pendant dix ans,
Vainement Troie, autour de ses murailles,
Eût vu périr dans les batailles
Ses plus célèbres combattants:
La cité, les héros illustres par ses chants,
Du temps auraient bientôt subi la loi rigide;
Et sans ses immortels accents,
Du Simoïs l’onde rapide,
Sur les débris des boucliers,
Sans gloire eût entraîné vers la plaine liquide
Les corps sanglants de tous ces fiers guerriers.

 Ainsi, sans le génie et ses heureux prodiges,
Tant de héros fameux, d’illustres monuments,
La beauté même, avec tous ses prestiges,
Auraient vu leurs moindres vestiges
Effacés par la main du temps.

 Mais c’est en vain, objet de ma tendresse,
Que ce temps si cruel te menace et te presse;
A ma voix tu verras s’arrêter ce géant
Que n’arrêtent jamais, dans son rapide élan,
Ni la beauté, ni la jeunesse;
Et secondé par le dieu de permesse,
L’amour, t’arrachant au néant,
Vers l’immortalité ton nom vainqueur s’élance;
Tandis qu’en leurs tombeaux dormiront en silence,
Pendant l’immense éternité,
Cent rivales de ta beauté,
Pour qui n’ont pas frémi les cordes de ma lyre,
Et dont les charmes n’ont jamais
Enflammé d’un brûlant délire
Ce cœur épris de tes attraits.

 Non, le vaste océan des âges,
Qui si souvent ensevelit
Dans les ténèbres de l’oubli
Les conquérants, les belles et les sages
Dans son sein n’engloutira pas
Tant de beauté, de talents et d’appas;
Et mes vers en flottant sur ses profonds abîmes,
Charmeront l’avenir par leurs accords sublimes,
Et sauveront ton nom de la nuit du trépas.


Notes

1. Apollon, dieu des beaux-arts, des sciences et du génie. Dieu de la lumière, il conduisait le char du soleil et éclairait le monde.
2. Jupiter, le plus puissant des dieux, gouvernait le ciel et la terre. 
3. Thessalie, province du nord de la Grèce. 
4. Olympe, montagne de Thessalie. 
5. Imitation d’un fragment de l’ode à Phaon, par Sapho. Boileau et l’abbé Delille en ont fait chacun une traduction. Je demande pardon au lecteur de la témérité grande que j’ai eu d’entreprendre un sujet traité par deux poètes aussi célèbres.On s’apercevra, cependant, sans peine, que mon ouvrage n’est qu’une imitation, et que la pensée n’est pas tout à fait la même. Je donne ici ces deux morceaux que l’on sera bien aise de trouver ensemble pour les comparer entre eux. Voici la traduction de Boileau: 

Je sens, de veine en veine, une subtile flamme
Courir par tout mon cœur sitôt que je te vois; 
Et dans les doux transports où s’égare mon âme, 
Je ne saurais trouver ni de langue ni de voix.

 


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