LE PALETOT BRUN

Une pièce en un acte

par

Victor Séjour

1859

Personnages :

Anna

La Comtesse

Le Baron

Un petit salon élégant : un piano, une table au milieu ; une fenêtre à droite, donnant sur la rue ; des fleurs dans les vases de la cheminée.

Scène I

La Comtesse, Anna

(Anna range. La Comtesse est étendue sur une chaise longue, un bouquet de violettes à la main.)

Anna : (Montrant un livre)

Oui, Madame, un volume intitulé : de l’Amour, par M. de Stendhal.

 

La Comtesse :

Mettez-le là. – Madame de Montville prétend que c’est un livre absurde.

 

Anna :

Elle n’est peut-être plus d’âge à y croire.

 

La Comtesse :

Le baron est donc venu ?...

 

 

Anna :

Oui, Madame, hier, à la nuit close...

 

 

La Comtesse : (Montrant la cheminée)

Vous enlèverez ces fleurs, elles doivent être fanées.

 

Anna :

Fanées ?... mais du tout, Madame, ce sont celles que M. baron...

 

La Comtesse : (Se levant)

Vous n’êtes pas à savoir, je suppose, que de certaines fleurs se fanent plus vite que d’autres... Emportez.

 

Anna : (À part)

Ce pauvre baron !... serait-ce déjà le commencement de la fin ?... (Elle sort.)

 

La Comtesse, (Seule)

Rompre n’est rien, c’est la façon de s’y prendre qui est tout. Un homme qui devinerait à heure fixe le moment où il devient indifférent, serait un homme précieux. Oui, mais où le trouver, ce phénix !... Le moins fat se croit adoré. – Adoré !... un jour, un an passe, mais toujours !... (Elle hausse les épaules en souriant ; Anna revient.)

 

Anna : (À part)

L’exécution est faite.

 

La Comtesse :

Je dînerai à six heures.

 

Anna :

Oui, Madame.

 

La Comtesse :

Vous ferez atteler, je sortirai ce soir.

 

Anna : (Rangeant)

Oui, Madame.

 

La Comtesse : (À part)

Ce jeune homme pense à moi, j’en suis sûre !... comment, sans cela renconterais-je ses grands yeux toutes les fois que je me mets à la fenêtre... par un temps pareil surtout ! (À la fenêtre) Georges... un joli nom !... Georges Duroi... un grand artiste !... je ne peux pourtant pas lui crier par-dessus les toits, ni lui faire des signes comme une vierge folle...

 

Anna : (À la Comtesse)

Madame va s’enrhumer. (À part) Elle ne m’entend pas... voilà qui est étonnant, par exemple... est-ce que le petit musicien d’en face ?... Oh ! Non, elle n’aime pas la musique. (Haut) Si Madame la Comtesse m’en croyait, elle rentrerait, le vent est froid.

 

La Comtesse : (Avec humeur)

Froid ?... alors, fermez. (Un timbre au dehors) On sonne. (Anna sort.) Cette fille a les yeux à tout... Bah ! Je suis veuve, Dieu merci, et libre. (Reprenant son bouquet) Cher petit bouquet !... chaque jour, sur ma fenêtre ou sur les coussins de ma voiture, j’en trouve un semblable... le baron n’aurait certes pas de ces attentions-là, lui... il s’alourdit... (À Anna, qui revient) Eh bien ?...

 

Anna :

C’est la lingère qui rapporte à Madame la Comtesse ses peignoirs de nuit.

 

La Comtesse :

Quel air ont-ils ?...

 

Anna :

Un air babillard et coquet, qui plaira à Madame.

 

Un Valet : (De la porte du fond)

M. le baron de Précy, Madame ?...

 

La Comtesse : (À part)

Il y met des formes, cette fois... d’habitude, il entre sans crier gare... j’ai bien envie de répondre que je n’y suis pas... Non, je m’en ferais un ennemi... j’aime mieux mettre des gants pour l’égorger. (Haut) Faites entrer. (À Anna) Je dois avoir l’air d’une échappée de prison ?...

 

Anna :

Madame la Comtesse n’a jamais été plus belle.

 

La Comtesse :

Flatteuse. (À part) Au fait, tant mieux, je ne l’effrayerai pas au moins en le congédiant. (Le baron entre ; Anna se retire.)

 

Scène II

Le Baron, La Comtesse

 

Le Baron : (Lui baisant la main)

Bonjour, Comtesse !...

 

La Comtesse :

Bonjour, baron... – Comment, c’est vous, mais il n’est que deux heures ?

 

Le Baron :

Je viens trop tôt ?

 

La Comtesse :

Par exemple... Comment vous va ?

 

Le Baron :

Très bien.

 

La Comtesse :

Et vos cheveux ?

 

Le Baron :

Mal : ma petite jument s’est couronnée ce matin.

 

La Comtesse :

Vous vous êtes donc fait couper les cheveux ?

 

Le Baron :

Non.

 

La Comtesse :

Vous avez un drôle d’air... Ah ! C’est votre col à la cremaillère... ça enlaidit.

 

Le Baron :

Le temps des Adonis est passé. (Lui offrant un bouquet) Comtesse ?

 

La Comtesse :

(Prenant le bouquet) On n’est pas plus galant. (Elle le fourre dans l’un des vases de la cheminée.)

 

Le Baron :

Quel froid ! – Vous êtes donc sortie ?

 

La Comtesse : (S’asseyant)

Non. Pourquoi ?

 

Le Baron :

On gèle ici... On aura laissé éteindre le feu.

 

La Comtesse : (Prenant un journal)

Je n’ai pas bougé ; j’avais des lettres à écrire. (Elle lit.)

 

Le Baron :

C’est étonnant.

 

La Comtesse :

Ah ! L’horreur !... Une jeune fille qui vient de tuer son père !

 

Le Baron : (Se chauffant)

J’ai vu cela... Tournez la page, vous verrez un homme qu’on a dépecé comme un bœuf...

 

La Comtese : (Jetant son journal)

Comment avez-vous trouvé la Frezzolini ?

 

Le Baron :

Comme tout le monde... ravissante !

 

La Comtesse :

Et cette bonne grosse famille de bourgeois que nous avions devant nous ?

 

Le Baron :

Lesquels ?

 

La Comtesse :

En habits de noces, empliés les uns sur les autres comme des pièces de drap ; ils avaient des mains rouges, s’extasiaient à tout, et fourraient leurs bouquets entre leurs jambes pour applaudir !

 

Le Baron :

Ah ! C’est vrai ! – J’ai été hier chez Madame de Montville... j’ai passé ma nuit à courir après un bout de banquette.

 

La Comtesse :

J’aurais voulu vous voir, vous qui aimez vos aises... Que faites-vous donc ?

 

Le Baron : (Ôtant son paletot)

Je ne veux pas vous faire mentir, Comtesse. (Il le jette sur un meuble.)

 

La Comtesse :

C’est cela, comme dans une auberge, ne vous gênez pas, faites. J’ai eu sa visite ce matin.

 

Le Baron :

De quoi ? de l’auberge ?

 

La Comtesse :

Charmant !... Une petite leçon de français que vous me donnez en passant... – Combien le cachet ?

 

Le Baron :

Je vous le dirai plus tard, Comtesse.

 

La Comtesse : (Haussant les épaules)

J’ai donc eu la visite de Madame de Montville. Elle avait des cheveux blonds qui prenaient feu.

 

Le Baron : (S’essayant)

Un bel incendie... une vraie forêt.

 

La Comtesse :

Cette femme est fantasque, trouvez-vous pas ?... Elle était effarée comme une alouette.

 

Le Baron :

Ah ! Bon Dieu, et pourquoi donc ?... A-t-elle des peines de cœur ?

 

La Comtesse :

Elle arrive de la mer, c’est possible. Mais à propos... Ah ! Mais, ceci est vrai ?

 

Le Baron :

C’est alors une méchanceté, dites ?

 

La Comtesse :

Elle s’est aperçue que Paul avait des yeux bruns, elle les avait cru noirs jusqu’ici, et elle rompt.

 

Le Baron :

Paul s’y attendait.

 

La Comtesse :

Depuis longtemps ?

 

Le Baron :

Depuis six mois.

 

La Comtesse :

Mais ils ne se connaissent que depuis trois mois.

 

Le Baron :

Que voulez-vous, c’est un homme de précaution.

 

La Comtesse : (Montrant le paletot)

Baron, qu’est-ce donc ça ?

 

Le Baron :

Ça ? C’est mon paletot.

 

La Comtesse :

Ah ! Oui, votre paletot marron.

 

Le Baron :

Oui, mon paletot brun.

 

La Comtesse :

Peut-on aimer le marron ? Vous l’avez acheté ?

 

Le Baron :

On me l’a peut-être donné, qui sait ? (À part) Elle a ses nerfs.

 

La Comtesse :

Vous dites ?

 

Le Baron : (Se levant)

Rien, oh ! Rien. (Il fait quelques pas dans la chambre.)

 

La Comtesse :

Vous vous ennuyez ?

 

Le Baron :

Ce sera peut-être demain.

 

La Comtesse :

Votre ami Paul est un homme généreux, savez-vous... Il a au moins l’orgueil d’aller au-devant de certaines confidences ?

 

Le Baron :

À moins d’être un fat, on y va toujours. Il est de bon goût d’éviter à une femme la confusion et l’embarras de ces choses-là.

 

La Comtesse :

Mais faut-il les deviner encore ?

 

Le Baron :

Une femme d’esprit les porte dans son air.

 

La Comtesse :

Vous croyez ?

 

Le Baron :

Une femme timide ou fausse, dans sa pensée.

 

La Comtesse :

Regardez-moi, baron... – Comment me trouvez-vous ?...

 

Le Baron :

Cette coiffure nouvelle vous sied bien.

 

La Comtesse :

Après ?...

 

Le Baron :

Vous êtes charmante !

 

La Comtesse :

Voilà tout ?...

 

Le Baron : (Lui baisant la main)

Mille pardons, Comtesse, vous êtes adorable.

 

La Comtesse : (À part)

Mon air ne dit rien, à ce qu’il paraît. Il faudra lui mettre les points sur les i.

 

Le Baron : (Prenant le volume)

L’Amour !... (Le jetant sur la table) Ils sont charmants ces auteurs... Ils trouvent mille petites choses là-dedans... Moi, je comparerais volontiers l’amour à une boîte d’allumettes chimiques. Ce n’est pas poétique, mais c’est vrai. – Et une rupture à une ligne de chemin de fer ; c’est encore moins poétique, mais c’est aussi moins vrai. Il y a trains et trains, dirais-je, convois et convois, – de certaines femmes ; – vous les avez vues passer. – On leur dit : je sais tout !... elles vous tournent le dos en riant...rupture à grande vitesse !... D’autres... – on les aborde vêtu à la diable, avec une cravate mal attachée ; elles vous regardent par-dessus leur éventail comme une curiosité, et les voilà guéries... train de plaisir !... Quant aux vierges folles, c’est différent : – trois heures sonnent, on arrive avec une histoire que j’ai entendue raconter vingt fois avec succès. On a perdu à la hausse ou à la baisse. La belle ouvre de grands yeux en frissonnant... – Mais on tire lentement de sa poche le plus élégant petit portefeuille en cuir de Russie qu’on a pu trouver...l’émotion domine... – On laisse délicatement voir les cinq ou six billets de mille francs qu’on y a glissés... les yeux s’adoucissent... – et l’on offre le tout en s’écriant : Je suis ruiné ; arrange-toi à vivre toute ta vie avec cela, ou cherche un autre amant !... On vous saute au cou, ce qui veut dire qu’on a déjà fait son choix, et tout est dit, et l’on est un homme comme il faut.

 

La Comtesse :

À bon marché.

 

Le Baron :

Marché courant... train de marchandises.

 

La Comtesse :

Vous êtes en veine de bêtise, baron, continuez...

 

Le Baron :

J’ai fini.

 

La Comtesse :

Votre chemin de fer n’a donc pas d’embranchements ?

 

Le Baron :

Pour où ?

 

La Comtesse :

Mais pour le pays des amours vrais, profonds, éternels ?

 

Le Baron :

Ah ! Les héroïnes de romans. Celles-là sont fatales ; elles ont les yeux creux, le tient pâle ; de petites mains qui ont des griffes, de petites dents qui mordent, de petits poignards qui tuent, de petites tasses de thé qui empoisonnent. Mais on est aimé pour soi-même. – Esclave, ce n’est rien ; forçat, c’est peu... – Ne te plains donc pas, drôle, tu es aimé pour toi-même. Enfin, la chaîne se rompt...on respire !...mais trop tard ! Malheureux !... On a été jaloux de toi, et tu as avalé de l’arsenic sans t’en douter !... Donc, la victime est haletante, ses dents claquent, ses yeux tournent, ses cheveux tombent, il va mourir, il est mort : explosion de la locomotive !...

 

La Comtesse :

Vous avez été aimé ainsi, baron ?

 

Le Baron :

Peut-être par vous, Comtesse ?

 

La Comtesse :

Quelle heure est-il ?

 

Le Baron : (Tirant sa montre)

Ma montre est arrêtée !...Tiens, votre pendule aussi !

 

La Comtesse : (Bâillant)

Si nous faisions comme elles, baron ?

 

Le Baron : (S’asseyant)

Je le veux bien.

 

La Comtesse : (À part)

Il s’installe !

 

Le Baron : (Lisant un journal)

Ah ! Une bonne phrase ?...« Arthur a le génie des liaisons décousues. On songe à le mettre à la porte, il est trop tard, il a déjà sauté par la fenêtre ».

 

La Comtesse : (Lui tendant la main)

Adieu, baron.

 

Le Baron : (Étonné)

Vous sortez ?

 

La Comtesse :

Moi ?... Non, je reste ! (Elle s’assied.)

 

Le Baron : (Se levant) (À part)

Qu’a-t-elle donc ? (Se penchant sur son fauteuil) Dînons-nous ensemble ?

 

La Comtesse :

J’avais un petit bouquet...qu’en avez-vous fait ?

 

Le Baron :

Un bouquet ?

 

La Comtesse :

Cherchez-le, j’y tiens.

 

Le Baron :

Des fleurs, Comtesse, point... (Comme se rappelant) Mais, attendez donc...

 

La Comtesse :

Vous vous êtes assis dessus ?

 

Le Baron :

Ah ! Comtesse... Mais qu’avez-vous donc aujourd’hui ?

 

La Comtesse :

Le marquis de Lorman s’est bien assis dans une cuvette. Il ne s’en est aperçu qu’à l’eau qui lui coulait des jambes.

 

Le Baron :

Le marquis a soixante ans.

 

La Comtesse :

L’âge n’y fait rien. – Enfin ce fleurs, où sont-elles ?... Elles n’ont pas pu s’envoler, pourtant ?

 

Le Baron : (Se rappelant)

Je crois les avoir vues sous mon paletot.

 

La Comtesse :

Mes pauvres fleurs !... Mais c’est un monument que votre paletot... Elles doivent être écrasées.

 

Le Baron : (Retirant le bouquet)

C’est vrai. – Voyons, Comtesse, c’est un petit malheur !

 

La Comtesse :

Un petit malheur ! Comprend-on aussi que l’on se déshabille dans un salon !... vous ne respectez rien !... Mais je vous ai déjà dit que votre paletot m’irritait, baron, votre abominable paletot marron... que voulez-vous de plus ?

 

Le Baron :

Brun, Comtesse !...

 

La Comtesse :

Le marron déteint, vous le savez bien.

 

Le Baron :

Mais le brun, Comtesse, le brun ?

 

La Comtesse :

C’est laid et lourd !

 

Le Baron :

Plus lourd que le gris ?

 

La Comtesse : (En passant)

Mais, pour avoir été en Crimée et pris Sébastopol d’assaut, vous vous croyez tout permis... vous êtes un zouave !... Ah ! Que je comprends Madame de Montville, qui avait en horreur l’habit à boutons jaunes de son mari... il y a de certaines choses qui vous prennent sur les nerfs et qu’on voudrait voir à cent lieues.

 

Le Baron : (Riant)

Ce pauvre Montville !... Ah ! Parlons-en... ce n’était pas son habit ni ses boutons qu’on détestait, c’était lui.

 

La Comtesse :

Enfin, Madame de Montville fuyait le vert, moi je fuis le marron.

 

Le Baron : (Prenant son paletot)

Là, là, Comtesse... Oui, mon paletot est marron... oui, il déteint... mais je les ferai recouvrir, vos meubles... est-ce entendu ?...

 

La Comtesse : (À part) (Exaspérée)

Oh !... – (Haut) Mais on ne recouvre pas mes meubles, Monsieur, on s’y assied, voilà tout... Gardez cela pour vos nymphes d’Opéra.

 

Le Baron :

Je l’emporte, mon paletot... je vais l’accrocher ailleurs, mon paletot... (Se frappant le front de la main) Ah !... (Il fouille dans toutes ses poches.)

 

La Comtesse :

Qu’avez-vous ?... Quoi ?... Voulez-vous m’assassiner... comme dans Antony ?...

 

Le Baron : (Avec emphase en gesticulant avec son paletot)

Elle me résistait, je l’ai... mais non, ce ne serait pas de circonstance.

 

La Comtesse : (À part)

Le fat !

 

Le Baron :

Vous êtes veuve, d’ailleurs. Voilà votre coupon de loge, je l’avais oublié.

 

La Comtesse :

Quelle loge ?

 

Le Baron :

La loge que vous m’avez demandée pour le Théâtre-Français. C’est aujourd’hui vendredi.

 

La Comtesse :

Je vous ai demandé une loge pour le Théâtre-Français ? Moi ? Mais à quoi pensez-vous ? Je connais toutes leurs drôleries depuis dix ans. Je vais au concert.

 

Le Baron :

Au concert ? Vous ?

 

La Comtesse :

Oui, moi. Après ?

 

Le Baron :

Vous abhorrez la musique, vous me l’avez dit vingt fois.

 

La Comtesse :

De la musique de régiment, oui.

 

Le Baron :

Bravo, alors, les soirées sont longues, vous vous ennuyez souvent, nous ferons de la musique... J’aime tant mon cher violon... mais je n’osais vous en parler... Je l’ai négligé, ce cher ami ; il est dans sa boîte depuis deux mois.

 

La Comtesse :

Quoi... Que dites-vous... Vous avez de vos amis dans des boîtes ?

 

Le Baron : (Riant)

Mais non, Comtesse... Je parle de mon violon.

 

La Comtesse :

Bien, vous m’en jouerez... mais de loin. (On entend toucher du piano au loin.) Écoutez plutôt !... Tenez, ce passage !... Oh ! Que c’est beau, que c’est admirable !

 

Le Baron : (Se chauffant)

Je crois que Liszt ou Thalbert troussaient leurs mélodies d’une autre façon que ça.

 

La Comtesse :

Vandale ! Mais écoutez donc ! C’est du génie !

 

Le Baron :

Du génie !... De ce qu’on a fait des pièces de cinq francs en or, on croit devoir aussi débaptiser le talent. Tout le monde a du génie, par le temps qui court, même mon portier... il a le génie de me montrer mes journaux et mes lettres.

 

La Comtesse :

Raillez !... Mais, en matière d’art, vous arrivez de la Chine.

 

Le Baron :

Les Chinois, Comtesse, ont inventé la poudre avant nous.

 

La Comtesse :

Oui, mais ce sont des Chinois.

 

Le Baron :

Si tout le monde s’extasiait sur une note de musique, cela serait un joli concert.

 

La Comtesse :

Enfin, ce soir, j’irai chez Hertz.

 

Le Baron :

Vous avez des billets ?

 

La Comtesse :

Non !... J’ai compté sur vous pour m’en trouver... Mais, vraiment, j’abuse, baron ?

 

Le Baron :

Combien de places ?

 

La Comtesse :

Deux... les plus rapprochées de l’orchestre... Courez vite, et merci d’avance ! Quand vous vous mêlez d’être aimable, vous l’êtes mieux que personne !

 

Le Baron : (Mettant son paletot)

Vous entendrez M. Georges Duroi... un homme de talent, celui-là.

 

La Comtesse :

Ah !

 

Le Baron :

De grand talent !... Voulez-vous que je vous l’amène ?

 

La Comtesse :

Vous le connaissez ?

 

Le Baron :

Du bout, mais je me le ferai présenter pour vous le montrer ?

 

La Comtesse :

Trop bon.

 

Le Baron :

Je reviens !... (Il sort.)

 

Scène III

La Comtesse, (seule)

Enfin !... (On entend le roulement de la voiture.) Bon voyage !... Il promènera au moins ses chevaux... (Elle ouvre sa fenêtre.) Il est à sa fenêtre !... Ce sont ses yeux qui me plaisent, surtout !... Quelle différence avec l’œil terne et endormi du baron. – Ah ! Ces artistes, leur souffle embrase l’air, l’habitude de la gloire les enflamme, de près ou de loin, ils vous éblouissent comme le soleil !... (Anna entre et présente à la Comtesse une lettre et un bouquet sur un plat d’argent.)

Scène IV

La Comtesse, Anna

La Comtesse : (Se retournant)

Qu’est-ce ?

 

Anna :

Une lettre, Madame !

 

La Comtesse : (Ouvrant la lettre) (À part)

C’est de lui !... (Tout en lisant) Quelle tournure d’idées charmantes !... Il me prie d’assister à son concert et m’envoie des billets... Oh ! Oui, j’irai... et il verra dans mes yeux la certitude et l’orgueil de son triomphe !... Je vais le remercier !... (Elle se met à sa table, et cherche. – Regardant un papier) Un ancien brouillon de lettre au baron... (Le jetant) Déjà deux mois !... Étais-je assez niaise alors !... (Elle trouve sa plume.) Ah !... (Elle s’arrête au moment d’écrire.) Non !... Il me verra, il suffit. – Anna !

 

Anna : (S’approchant)

Madame la Comtesse ?

 

La Comtesse :

Mettez un peu d’ordre à ma coiffure. A-t-on apporté ma robe ?

 

Anna :

Oui, Madame.

 

La Comtesse :

Comment la trouvez-vous ?

 

Anna :

Du plus beau bleu ; Madame la Comtesse fera plus d’un jaloux : on envie tant M. le baron !

 

La Comtesse :

Ah !...(À part) C’est vrai, il aime le bleu... on croira que c’est pour lui... (Haut) Vous me ferez pour tantôt une coiffure en violettes naturelles... avec celles-là par exemple. (Elle montre le bouquet qui accompagnait la lettre.) Je mettrai ma robe blanche.

 

Anna :

Ces violettes ne suffiront peut-être pas ; si Madame la Comtesse en veut davantage, on pourrait choisir parmi celles que M. le baron a apportées.

 

La Comtesse :

Mais du tout... elles sont déjà fanées, vous voyez...

 

Anna : (À part) (Finissant la coiffure)

Déjà !... Elle les a donc fait bouillir... (Haut) Voilà qui est fait, Madame.

 

La Comtesse : (Minaudant devant son miroir)

Pas trop mal. (Le baron entre.)

Scène V

Le Baron, La Comtesse

Le Baron : (Entrant)

C’est moi, Comtesse... j’ai été long... mais ne vous en prenez qu’à l’embarras des chemins... les rues regorgeaient de curieux... j’en avais jusque sous les roues de ma voiture, et tout cela pour un feu de cheminée. (Il ôte son paletot et va pour le poser sur la chaise.)

 

La Comtesse :

Encore ?

 

Le Baron :

Ah ! Pardon, j’oubliais... l’habitude, que voulez-vous ? (Il se dirige vers la chambre de droite.)

 

La Comtesse :

Où allez-vous donc ?

 

Le Baron :

Nourri sans le sérail...

 

La Comtesse :

Dans ma chambre ?... C’est donc une gageure, baron ?...

 

Le Baron :

Il ne reste plus que l’antichambre ?

 

La Comtesse :

Eh bien ? N’est-ce pas suffisant pour du marron ?

 

Le Baron : (Son paletot à la main)

Vous connaissez le proverbe, Comtesse...

 

La Comtesse : (Montrant son paletot)

Débarassez-moi donc de ce meuble.

 

Le Baron :

Un proverbe brutal, mais vrai...

 

La Comtesse :

Vous n’êtes pas parti ?

 

Le Baron :

Quand on veut tuer son chien...

 

La Comtesse :

Oui... oui... on dit qu’il est marron.

 

Le Baron :

Je vous pardonne pour la drôlerie, du mot. Je l’emporte, mon meuble. (Il sort.)

 

La Comtesse : (Seule, irritée)

Il ne comprendra jamais !... Ah ! Les hommes !... Jusqu’à vingt ans, ils sont idiots, passé trente, ils sont absurdes !... (Au baron qui survient) Quel âge avez-vous, baron ?

 

Le Baron :

Trente-deux ans.

 

La Comtesse : (À part)

C’est cela !

 

Le Baron :

Pourquoi ?

 

La Comtesse :

J’en ai vingt-huit, et vous êtes plus jeune que moi.

 

Le Baron :

Comment l’entendez-vous ?

 

La Comtesse :

Moi ? Je ne l’entends pas. (Elle s’assied.)

 

Le Baron : (À part)

Mais qu’a-t-elle donc aujourd’hui ? (Haut) Voici vos places de concert.

 

La Comtesse : (À part, avec irritation)

Il en a trouvé. (Haut) Je vais écrire à Madame de Montville, nous irons ensemble.

 

Le Baron :

J’irai vous chercher.

 

La Comtesse :

Non, ne vous dérangez pas. (Elle écrit.)

 

Le Baron :

On dira ce qu’on voudra, mais on gêle chez vous.

 

La Comtesse : (Écrivant)

C’est une idée.

 

Le Baron : (Se chauffant)

Oui, et c’est aussi une idée des thermomètres, ils marquent tous quinze degrés au-dessous de zéro.

 

La Comtesse :

En Russie ?

 

Le Baron :

À Paris.

 

La Comtesse :

Sur les quais ?...

 

Le Baron :

Dans cette chambre.

 

La Comtesse : (Se levant)

Un thermomètre de l’an passé, il aura gelé en ce temps-là, c’est possible. (Elle sonne à Anna qui entre.) Faites porter sur-le-champ ce billet à Madame de Montville ; on attendra la réponse. (Anna sort.)

 

Le Baron : (Piétinant)

Pour cette fois, je l’ai dans les jambes.

 

La Comtesse :

Quoi ?

 

Le Baron :

Le vent... mais je ne m’étonne plus, la fenêtre est ouverte.

 

La Comtesse :

Ah ! C’est vrai... Il fumait.

 

Le Baron : (Allant pour fermer la fenêtre)

Il fumait sans doute aussi chez le voisin, sa fenêtre bâille à deux battants.

 

La Comtesse :

C’est qu’elle s’ennuie.

 

Le Baron : (Fermant la fenêtre)

Et la vôtre aussi... s’ennuyait ?...

 

La Comtesse :

C’était son droit... n’est-ce pas permis ?... votre paletot m’exaspère bien.

 

Le Baron :

Les femmes sont bizarres, convenez-en. Je ne parle pas des femmes grosses qui mangent du charbon... cela ne prouve qu’une chose, c’est que l’état de la grossesse est un état contre la nature.

 

La Comtesse : (Riant)

Voilà un paradoxe originalement bête, par exemple.

 

Le Baron :

Le paradoxe est l’engrais de la vérité. Il y a un monde là-bas, disait Colomb, paradoxe ; la terre tourne, criait Galilée, paradoxe... Qui oserait penser et dire le contraire aujourd’hui ?

 

La Comtesse :

Où voulez-vous en venir ?

 

Le Baron :

Quant à l’esprit, c’est un exercice de bossu. On me dira que Voltaire ne l’était pas. Qu’en sait-on ?... Qui me prouve qu’il n’avait pas la bosse d’Esope en dedans, et que l’un ne fût pas le couvercle de l’autre ?

 

La Comtesse :

Concluez, baron... Où voulez-vous en venir, enfin ?

 

Le Baron :

Où j’en veux venir ?... Eh bien, Comtesse, me le disant, vous me rendrez service, j’ai perdu mon idée en route.

 

La Comtesse :

Vous êtes irritant. Vous parliez de la bizarrerie des femmes. Mais soyez bref. Vous avez de l’esprit, j’en conviens ; mais vous avez trop l’air de le savoir, et de poser sur une patte pour être admiré.

 

Le Baron :

Je vais être bête comme une oie, afin de justifier l’emploi que vous me donnez.

 

La Comtesse :

Les femmes sont étranges, disiez-vous... Quelles femmes ?

 

Le Baron :

Vous, par exemple !... Oui, vous !... Mon paletot est brun, et vous le savez, depuis trois mois, j’ai la mauvaise habitude, je veux bien, de poser cette guenille sur cette chaise ; depuis trois mois, enfin, cette chose va et vient sans vous faire horreur... et aujourd’hui, tout d’un coup, mon paletot vous tire l’œil... vous avez des nerfs en le voyant... il devient marron... il est laid, il est lourd, il détient... et tout cela pour un méchant petit bouquet de violettes d’un sou que j’ai touché par mégarde !...

 

La Comtesse :

Écrasé !

 

Le Baron :

Écrasé, soit. – Mais ça, voyons...

 

La Comtesse :

Croyez-vous qu’on puisse regarder sans voir, baron ?

 

Le Baron :

Oui, les aveugles.

 

La Comtesse :

Écouter sans entendre ?...

 

Le Baron :

Oui, les sourds.

 

La Comtesse :

Eh bien ! Je connais tel homme moi, qui ni voit ni n’entend bien qu’il ait des yeux ouverts comme des portes, et des oreilles... Enfin !... Je ne dis pas cela pour votre ami, Paul. Non, il est essentiellement Parisien de la tête aux pieds, celui-là. Puis, il a ce je ne sais quoi qui vous assure qu’il ne vous aimera jamais plus qu’il ne faut. Toute sa petite personne est arrangée pour cela. Il épie vos regards, observe votre maintien, persuadé qu’une femme lui saura toujours gré de deviner sa pensée. Un sourire, c’est assez ; un demi-mot, c’est trop. Il entre dans un boudoir comme sur un théâtre machine. Il craint les dessous. On en aurait pitié s’il ignorait que le mystérieux miroir de nos rêves est là, je dirai même l’inventaire de nos faiblesses. Cette chinoiserie est aussi, pourquoi ? Ce bouquet fané, pourquoi ? Cette larme sur le feuillet du livre entr’ouvert, pourquoi ? On aimait le bleu hier, on aime le rose aujourd’hui, pourquoi ? Enfin, cette fenêtre est ouverte quand elle devrait être fermée, pourquoi ?

 

Le Baron : (Riant)

Mais à ce compte, Amélie, votre fenêtre était ouverte, et je vous demanderai pourquoi ?

 

La Comtesse :

Curieuse chose que l’homme. On invente tout un échafaudage de révélations délicates pour les éclairer ; des clairs-obscurs pour montrer son âme ; des demi-teintes pour trahir sa pensée... Mais bah ! l’homme d’esprit de tout à l’heure vous regarde à travers ses triomphes passés. Sa vanité étant éternelle, il tient pour éternel votre amour. C’est ici que votre comparaison devient absurde, passez-moi le mot. Rupture à grande vitesse, c’est faux : rien de plus tortueux et de moins prompt... le lien se resserre aux efforts qu’on fait pour le briser. Pourtant, quoi de plus pénible à dire que : « Je ne vous aime plus » ; ou bien : « J’en aime un autre » ; ou encore : « Je vous ai trompé ». À confesse, c’est bien, on a une grille entre soi et au besoin de petits rideaux qu’on peut fermer... mais avoir là, sous ses yeux, devant soi, près de soi, un homme qu’on oublie et à qui il faut le faire comprendre, c’est horrible !... Ah ! La sotte chose que la vanité. J’enrage contre ces fats qui ont un triple bandeau sur les yeux. À moins de mettre un cent-garde à votre porte pour les empêcher d’entrer, ils ne comprendront jamais. – N’est-ce pas votre avis ?

 

Le Baron :

C’est possible.

 

La Comtesse :

Je me sauve à ma toilette. (À part) Je crois qu’il a compris. (Elle sort.)

 

Scène VI

Le Baron, (seul)

Me serais-je laissé devancer ?... J’en ai peur. Je commence à baisser. – Le tout maintenant est de se ménager une retraite honorable... la retraite des illusions ! (Il se regarde dans la glace.) Le ventre ne me vient pas encore trop, pourtant... (Anna entre et se dirige vers la cheminée.)

Scène VII

Le Baron, Anna

 

Le Baron :

Approche, Anna.

 

Anna : (À part)

Voilà le moment critique, ma fille, on va t’interroger.

 

Le Baron :

Ta maîtresse sera-t-elle bientôt prête ?

 

Anna :

Dans dix minutes, monsieur le baron.

 

Le Baron :

J’ai vécu comme un fou, ici pensant trop à la Comtesse et pas assez à toi. Nous avons un compte à régler, tiens !...

 

Anna :

Cinq louis !... Monsieur le baron, voilà cinq louis qui pourraient être au besoin très éloquents ?...

 

Le Baron :

Tu te méprends... et, dans le cas où tu voudrais parler, voilà un louis de plus pour te taire. Allons, va.

 

Anna :

Drôle d’homme ! (Elle prend le bouquet et sort.)

Scène VIII

Le Baron, (seul)

Je suis content de moi. Je voudrais trouver aussi une petite leçon pour la Comtesse. (Apercevant le brouillon de lettre) Qu’est-ce que c’est que ça ?... (Il le ramasse.) Un brouillon de lettre de la Comtesse !... Voilà qui m’en dira peut-être plus que je n’en veux savoir. Bah ! À quoi bon ? (Il jette le papier sur la table.) Mais il est toujours bon de savoir ces choses-là, ne fût-ce que pour en rire le premier. (Il prend la lettre et lit.) « Cher baron ! » Elle m’écrivait... pour m’annoncer mon désastre. Elle y met des formes, au moins. (Lisant) « J’ai été au désespoir qu’on ne vous ait pas fait attendre hier au soir ». Hier au soir ?... (Il lit.) « Comme une sotte, cette étourdie d’Anna vous a laissé partir ». C’est vrai, elle ne m’a rien dit. (Lisant) « J’avais mille choses dans le cœur ». Mille choses qui aboutissent toutes à un congé ; elle est charmante !... (Lisant) « Mille choses dans le cœur. D’abord, je vous aime comme une folle ». (Regardant) Comme une folle ! Chère Amélie ! (Lisant) « Ensuite... » Plus rien !... ensuite... comme une folle, c’est entendu ! Je m’étonnais aussi !... cette pauvre Comtesse ! la voilà !... (La Comtesse entre en grande toilette.)

 

Scène IX

La Comtesse, Le Baron

La Comtesse : (À part)

Encore ici !

 

Le Baron : (À part, regardant sa coiffure)

Mes violettes... Ne lui en parlons pas, elle serait capable de me persuader que ce ne sont pas les miennes !... (Haut) Savez-vous que vous êtes charmante, Comtesse, de ne plus m’en vouloir ?

 

La Comtesse :

À quoi voyez-vous cela ?

 

Le Baron :

À quoi ?... à rien !... Vous m’en voulez, soit. Alors je demande mon pardon à genoux ! (Il se met à ses pieds.)

 

La Comtesse :

La première fois que je vous vois ainsi.

 

Le Baron : (Voulant lui baiser la main)

Il y a commencement à tout, Comtesse.

 

La Comtesse : (Retirant sa main)

Non !

 

Le Baron : (Se relevant, blessé)

Ah !... Mon paletot vous a-t-il mordu, cette fois ?

 

La Comtesse :

C’est tout comme... Il s’étale dans cette antichambre comme chez un fripier... on dirait qu’il gonfle.

 

Le Baron :

Il est peut-être souffrant... Il faudrait lui envoyer votre médecin.

 

La Comtesse : (Sèchement)

Ah ! Charmant.

 

Le Baron :

Il vous gêne bien, n’est-ce pas ?

 

La Comtesse :

Il m’irrite.

 

Le Baron :

Il est pourtant assez près de la porte... mais peut-être pas assez près ?...

 

La Comtesse :

Du tout... cependant...

 

Le Baron :

Cependant, il devrait être sur mes épaules, n’est-ce pas ?

 

La Comtesse :

Je ne dis pas cela.

 

Le Baron :

Allons, je conviens que je suis un niais, Comtesse. Voilà deux heures que vous nous promenez, mon paletot et moi, moi et mon paletot, de chambre en chambre, et je ne m’en aperçois qu’à présent. (Six heures sonnent.) Six heures ! (Lui baisant la main) L’heure de votre dîner, Comtesse, adieu !

 

La Comtesse :

Votre couvert est mis, vous savez ?

 

Le Baron :

Oui... oui... plus tard... demain... (On entend le piano.)

 

La Comtesse : (À part, avec bonheur)

Ah ! (Le baron l’observe.)

 

Le Baron : (À part)

Comment, la musique l’impressionne à ce point ?... Elle ?... Allons donc !... le musicien, peut-être ! (Il va à la fenêtre et regarde.) (À voix basse) Comtesse ?

 

La Comtesse :

Quoi ?

 

Le Baron :

Mais votre voisin d’en face, c’est Georges Duroi ?

 

La Comtesse :

Vraiment ?

 

Le Baron :

Vous l’ignoriez ?... Eh bien ? Je vous l’apprends... – Son paletot est bleu.

 

La Comtesse :

Après ?

 

Le Baron : (Lui baisant la main)

Il est bleu.

 

La Comtesse :

Qu’entendez-vous par là ?

 

Le Baron :

Dans deux mois, Comtesse, vous me direz si le bleu déteint. – Au revoir, Comtesse, au revoir ! (Il sort.) (Un moment de silence, puis la Comtesse sonne ; à Anna qui paraît.)

 

La Comtesse :

Faites servir !

 

RIDEAU

 

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