LES QUARTERONNES
DE LA
NOUVELLE-ORLÉANS.
PAR LOUISE RAYMOND.
 

PREMIÈRE PARTIE.
OCTAVIA LA QUARTERONNE

1894
BONNET CARRE, LA.

IMPRIMERIE DU MESCHACÉBÉ


 INTRODUCTION

      Pendant une journée d'orage de l'année 1878, ne sachant que faire de moi-même, j'eus l'idée d'examiner la malle de papiers et de documents qui nous a été léguée par la mère de notre mère et que cette dernière m'a abandonnée.  Plus d'une heure je m'adonnai tout entière à mes recherches, oubliant la pluie qui tombait par torrents, le temps qui s'écoulait pendant que je cherchais à déchiffrer les plus étonnants hiéroglyphes de grammaire et d'orthographe.  Assise sur le tapis à côté de ma précieuse malle, que j'ai surnommée la boîte de Pandore, j'en retirais, tantôt de vieilles lettres signées de noms appartenant aux vieux amis de ma grand'mère et qui, comme elle, ont quitté cette terre depuis bien des années, tantôt des journaux dont les dates remontaient à la fin du siècle dernier, tantôt des manuscrits attachés avec soin et tous écrits par ma bonne et chère grand'maman.  Enfin, au milieu des trésors que je venais de découvrir, au milieu des vieux manuscrits mangés par les mites, je mis la main sur un rouleau attaché d'un ruban (bleu autrefois) et portant cette inscription:  "Les Quarteronnes de la Nouvelle-Orléans, de 1800 à 1830."  Je laissai échapper un cri de joie:  c'était vraiment un trésor que je venais de découvrir.  Je m'empressai de jeter pêle-mêle dans la malle le monceau de papiers de toutes espèces que je venais d'en tirer et m'empressai d'emporter dans ma chambre le vieux manuscrit dont la lecture me promettait tant de plaisir.
     Il faut bien avouer cependant qu'à ce plaisir se mêla une nuance de désappointement:  après bien des heures consacrées à déchiffrer les hiéroglyphes d'écriture et d'orthographe que renfermait le précieux rouleau, je fus forcée de m'avouer que, si je voulais livrer au public l'histoire des Quarteronnes de la Nouvelle-Orléans, il me fallait faire de nouvelles recherches afin de compléter l'oeuvre esquissée seulement par ma grand'mère.  Stimulée par le désir de faire revivre un moment, dans l'intérêt du lecteur, une race qui, aujourd'hui, grâce à l'éducation et surtout à la religion, n'existe plus, je me mis à l'oeuvre:  de vieux amis furent consultés, bien des heures furent consacrées à examiner les journaux portant des dates anciennes et où les noms des quarteronnes (ces reines de l'époque) se trouvaient à chaque ligne.  Enfin, qu'ajouterai-je?  Ceci seulement, ami lecteur:  trois années de ma vie se passèrent dans ces recherches qui aujourd'hui me permettent de vous livrer l'histoire vraie des quarteronnes les plus célèbres de la Nouvelle-Orléans.
     Comme c'est grâce à ma grand'mère que j'écris cette histoire, je vais lui rendre la parole et la laisser raconter ce qu'elle savait des événements de la vie de ces femmes.

L'Auteur.


Chapitres 1,2 & 3

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